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| Lors de la cérémonie d’inauguration d’un abri familles construit à côté du centre de rééducation de Mandrosoa Anosiala, jeudi dernier. |
Prévu pour accueillir soixante-dix pensionnaires, le centre de rééducation de Mandrosoa Anosiala en prend actuellement en charge quatre-vingt-trois. À certaines périodes, l’effectif est même monté jusqu’à 125 enfants, explique la Capitaine Ando Dina Ravaliniaina, directrice du centre, à l’occasion de l’inauguration de l’Abri Familles, construit à côté du centre, jeudi dernier. Cette situation de sureffectif met à rude épreuve les capacités d’accueil de cette institution fondée en 1903, spécialisée dans la prise en charge des mineurs en conflit avec la société.
L’établissement distingue deux catégories de pensionnaires : les cas sociaux, au nombre de dix-huit actuellement, et les cas pénaux. Les premiers concernent des enfants dits « en danger », placés à la demande de leurs parents après décision du juge des enfants. Les seconds regroupent des mineurs reconnus coupables d’infractions par la justice. Tous ont entre 9 et 18 ans.
Malgré cette pression constante, l’encadrement s’efforce de maintenir ses standards. « Les enfants bénéficient ici de nombreux avantages, notamment l’instauration de la discipline, que nous considérons comme un élément fondamental. En tant qu’établissement à caractère paramilitaire, nous veillons à inculquer et à faire respecter cette discipline », poursuit la Capitaine Ando Dina Ravaliniaina.
Priorité majeure
Le centre dispose d’un CEG et d’un lycée publics, permettant aux jeunes de poursuivre leur scolarité et de passer le CEPE ou le BEPC. Des formations professionnelles — maçonnerie, soudure, production maraîchère, mécanique moto et alphabétisation — sont également proposées afin de préparer leur insertion. Toutefois, le sureffectif complique l’organisation quotidienne et accentue les besoins en infrastructures adaptées.
La promotion des droits humains constitue une priorité majeure pour la Suisse. À Madagascar, la question pénitentiaire s’inscrit pleinement dans cet engagement. « Plusieurs organisations non gouvernementales œuvrent activement dans ce domaine, notamment Sentinelles, partenaire engagé auprès des enfants en milieu fermé. Toutes les conditions étaient ainsi réunies pour appuyer des initiatives en faveur d’une prise en charge plus humaine et structurée », indique Stefano Toscano, ambassadeur de Suisse à Madagascar.
Le maintien des liens familiaux reste également un axe prioritaire. Les enfants peuvent recevoir la visite de leurs proches dans un espace dédié, une étape essentielle pour préparer leur retour progressif au sein de la société. « Nous croyons fermement que la réinsertion d’un jeune passe principalement par la réhabilitation de son lien familial. Cet abri n’est pas seulement un refuge, mais un lieu de parole, d’écoute, d’éducation et de prévention », souligne Magali Portillo, responsable programme Madagascar au sein de la Fondation Sentinelles.
Un dispositif de réinsertion post-carcérale est par ailleurs mis en place en collaboration avec différents partenaires. Dans ce contexte, l’appui des partenaires techniques et financiers apparaît déterminant. La promotion des droits humains, notamment en matière pénitentiaire, demeure un enjeu central pour plusieurs acteurs engagés aux côtés du centre. Mais face à l’augmentation des effectifs, la question du renforcement des capacités d’accueil se pose avec acuité.
Mialisoa Ida
