MALNUTRITION  - Le Sud-Est livré à lui-même

Sept mois se sont écoulés depuis le départ officiel de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Son absence se fait désormais sentir dans les zones où elle intervenait.

Des habitants de Vangaindrano, une poche  de la malnutrition aiguë.

La sécurité alimentaire recule dans certaines communes du Sud-Est. Des autorités locales constatent une baisse de l’engagement de la population dans les actions de lutte contre la malnutrition.

« Des projets financés par l’USAID ont accompagné les populations dans l’agriculture, le suivi de la grossesse chez les femmes enceintes et la prise en charge des enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition. Ces actions comprenaient notamment la distribution de vivres aux bénéficiaires ainsi que l’appui aux agriculteurs. Depuis la fin de ces projets, la motivation des populations à adopter les méthodes culturales recommandées et à assurer le suivi des grossesses a progressivement diminué. Parallèlement, des cas de malnutrition infantile réapparaissent peu à peu », témoigne Jean Martin Vina, maire d’Ambatolava, dans le district de Vangaindrano.

Julio Rainimananjanahary, coordinateur du projet d’urgence auprès de Welthungerhilfe (WHH), une agence d’aide privée allemande, affirme que l’interruption de plusieurs financements humanitaires, l’an dernier, a de lourdes répercussions sur la vie des populations.

Une analyse contextuelle approfondie de la situation nutritionnelle dans la région Atsimo Atsinanana, effectuée en mars 2025 par le WHH, a déjà montré un taux élevé de malnutrition aiguë chez les enfants. Selon les résultats de cette analyse, présentés hier au Café de la Gare à Soarano, 15,63 % des enfants vivant dans les sept communes identifiées comme poches de malnutrition aiguë sont atteints de malnutrition aiguë modérée et 4,95 % de malnutrition aiguë sévère.

Situation aggravée

Les facteurs sont multiples : pratiques culturelles, faible productivité agricole, instabilité semencière, période de soudure prolongée, forte incidence des maladies diarrhéiques, paludisme et accès limité à l’eau potable. La situation se serait aggravée depuis l’arrêt de ces financements.

« Les besoins pour lutter contre la malnutrition restent élevés dans cette région, mais les ressources financières disponibles demeurent insuffisantes », poursuit Julio Rainimananjanahary.

Plusieurs recommandations ont été formulées par le WHH pour lutter contre l’insécurité alimentaire dans le Sud-Est. Elles incluent l’adaptation des systèmes agricoles et semenciers aux réalités climatiques et nutritionnelles, la réorientation des pratiques d’élevage vers l’amélioration des apports nutritionnels, la valorisation de la pêche artisanale et la sécurisation des ressources halieutiques locales, le renforcement de la consommation locale de poisson, la promotion des pratiques d’éducation nutritionnelle, la structuration d’une gouvernance territoriale participative et inclusive et, surtout, une meilleure coordination des actions entre les différents acteurs.

Une autorité locale de Vangaindrano insiste sur la nécessité d’intégrer la pérennisation des activités dans les projets. « Dès qu’un projet s’achève, la situation repart à zéro », regrette-t-elle.

Miangaly Ralitera

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