L’art est, depuis longtemps, la pomme de discorde que se disputent deux grandes tendances : celle qui veut l’embarquer dans l’engagement et celle qui veut le tenir éloigné des affaires de ce monde en prônant l’art pour l’art. Récemment, cette opposition a eu droit à son énième ring, à un autre champ de bataille, mais avec toujours ces mêmes belligérants.
La soixante-seizième édition de la Berlinale fut une occasion pour Wim Wenders, président du jury du festival, de réaffirmer que le cinéma doit « rester en dehors de la politique ». Une conviction martelée qui a heurté la sensibilité de ceux qui ne peuvent tolérer la neutralité quand des maux meurtrissent des parties du monde comme Gaza. L’art doit-il alors, impérativement, faire écho aux cris de détresse qui résonnent ?
Ce fut ainsi une autre braise incandescente qui a été attisée par l’expression d’une conviction. La chaleur a alors intensifié l’ardeur de ceux pour qui l’art ne peut traverser, dans une neutralité coupable, l’histoire et ses chapitres controversés qui interpellent le génie artistique. Une tension brûlante qui a provoqué l’ire de beaucoup de figures majeures du cinéma, lesquelles dénoncent le « silence institutionnel ». Parmi les signatures qui ornent une lettre ouverte enflammée, on trouve, entre autres, celle de Javier Bardem ou celle de Tilda Swinton…
Théophile Gautier a laissé à la postérité une fameuse phrase qui est érigée comme l’une des confessions de foi des tenants de l’art pour l’art : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid. » En tout cas, ceux qui ont mal digéré, et qui ont aussi élevé la voix, le tournant woke assumé par certaines « grandes » boîtes de production ne diront pas le contraire. La déclaration de Wim Wenders devrait ainsi être considérée comme une leçon, étant donné les résultats enregistrés par certaines œuvres récentes, perçues comme idéologiquement orientées.
Pour Emmanuel Kant, l’essence de l’art n’est à chercher ni dans son utilité, ni dans son contenu moral, encore moins dans un quelconque message politique. L’art, en tant qu’art, se manifeste dans toute son essence quand il est une « finalité sans fin». Il est rejoint par d’autres artistes comme Oscar Wilde qui, sans ambages, écrit : « All art is quite useless. »
Cependant, pour Jean-Paul Sartre, l’écrivain est toujours en situation et ne peut se défaire de la responsabilité que son temps lui impose. Ainsi, ne pas choisir est toujours un choix. Refuser de prendre position est déjà une position.
Fenitra Ratefiarivony