Paradis perdu

Pour une surprise, c’en est une. Un employé de la Jirama vous appelle pour demander si l’électricité est rétablie après douze heures de coupure. C’est rare, voire nouveau, pour être souligné. Auparavant, on a beau le numéro vert qui vous rabâche que votre plainte a été reçue et classée sans suite. 

On ignore si le changement de directeur général à la Jirama y est pour quelque chose, mais le sens de service public de l’employé fait à la fois plaisir et redonne de l’espoir. Car on pensait que cette notion de redevabilité envers les clients et les abonnés a disparu du savoir-vivre élémentaire depuis belle lurette.

On parle beaucoup de refondation mais on oublie que cela doit commencer par de petites choses. Ce n’est pas demain la veille qu’on va en finir avec la corruption, le chômage, l’insécurité, les viols, l’anarchie, la malnutrition, le manque d’écoles et de centres de santé, les feux de brousse, les vols d’ossements humains, les meurtres et assassinats, les kidnappings.... 

Tout est urgent et il est difficile de trouver par quoi commencer. Et il faudra trouver des budgets colossaux pour résoudre tous ces problèmes. Mais il faut faire un premier pas. Et cela peut ne pas coûter un sou. Il s’agit justement de l’amélioration des services administratifs. Même si on peut avoir son bulletin numéro 3 ou sa copie d’acte de naissance en quelques heures, à un moment où tout est censé digitalisé, du moins c’est ce qu’on ressasse, il faut trois jours à une semaine pour vous le rendre. Et partout, c’est pareil pour faire un passeport, une carte d’identité nationale, une carte de vaccination...Mais tout peut se régler avec un pot-de-vin, qui est devenu une règle tacite imposée par les préposés au service et admise par les administrés.

Des efforts ont été constatés dans certains bureaux depuis le leitmotiv du président de la Refondation lors de la présentation des membres du gouvernement. C’est fou le temps qu’on perd pour payer la facture de la Jirama depuis qu’on est revenu à l’ancien système qui oblige tous les abonnés à se retrouver la même date à la caisse. Auparavant, les dates butoir sont étalées de manière à éviter une longue queue.

La Refondation doit être ressentie dans la vie de tous les jours sans que l’État ait besoin de faire des investissements énormes. Un bon éclairage public fonctionnel en permanence et non en intermittence, comme c’est le cas sur la rocade. Une amélioration des abribus où les passagers attendent le prochain car, soit sur une « planche métallique » de 10 x 30 cm, soit debout. Et le soir, faute d’éclairage, c’est le repaire de prédilection des détrousseurs.

On n’oublie pas la qualité du service dans certains hôpitaux publics et leur état. À l’hôpital militaire, les patients doivent venir avec des seaux pour chercher de l’eau, l’éclairage fait défaut.

Le secteur privé doit aussi suivre le rythme de la Refondation. Il n’y a pas une seule agence, toutes banques confondues où les caisses de retraite et de versement sont séparées. Autrement dit, il arrive des jours où on passe toute une journée dans une banque quand des sociétés et entreprises font des versements en milliards d’ariary en petites coupures. C’est juste éreintant. 

Tout cela relève d’une petite volonté de sortir des routines accumulées durant des années où la dictature du prolétariat a juste anéanti le paradis socialiste.

Sylvain Ranjalahy 

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