L’empire des images

Il y a exactement cent ans, le 26 janvier 1926, le monde est entré dans une nouvelle ère avec l’invention de la télévision. Cet objet qui s’imposera, ayant la faveur des années suivantes, dans les foyers du monde, deviendra un élément incontournable de n’importe quelle vie normale. La télévision enclencha ainsi sa conquête qui aboutira à son omniprésence dans une vie quotidienne des plus ordinaires. Un pas a alors été franchi dans le cheminement de l’existence vers la spectacularisation du réel, filtré par le pouvoir des images. Il y a cent ans, jour pour jour, la télévision commença à émerger pour entamer son fabuleux destin qui la mènera jusqu’à un monopole à même de manipuler les esprits.

Rétrospective. Le 26 janvier 1926, John Logie Baird, un ingénieur écossais, eut rendez-vous avec l’histoire. Dans un laboratoire situé dans le quartier londonien de Soho, il réussit ce qui relevait alors de l’impossible : transmettre en direct une image animée. Ce jour-là, un public constitué de scientifiques, de journalistes et de membres de la Royal Institution eut le privilège d’assister à l’apparition sur un écran du visage de Stooky Bill, une marionnette. La télévision commençait à s’affirmer, même si elle n’a pas encore vraiment montré sa capacité à impacter le social, le culturel ou le psychologique.

Car depuis, le monde est vu à travers ce que les tubes cathodiques, et plus tard les écrans numériques, offrent aux yeux, des dispositifs qui transforment les événements qui rythment la marche de l’histoire en spectacles. Les guerres, les chamboulements politiques et même l’intimité sont devenus des attractions au service du besoin de divertissement que la télévision a rendu encore plus pressant. La perception de la « vérité » s’effectue ainsi avec la médiation du spectacle dont est remplie la télévision. Le 26 janvier 1926 donc, la télévision commence son entreprise de métamorphose du réel en objet de consommation visuelle.

« Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images », écrivait Guy Debord dans La Société du spectacle (1967). La télévision, en cent ans, aura parcouru un chemin fécond sur lequel marcheront des milliards d’individus, happés, en grande partie, par le spectacle qu’ils peuvent contempler, un phénomène qui était à même de façonner un public homogène. Mais cent ans après sa première manifestation, la télévision voit son privilège contesté par d’autres sources de spectacles qui pullulent sur le web et qui ont déjà créé un monde fragmenté.

Fenitra Ratefiarivony 

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