Le fait est là. Irréfragable et indécrottable. Le secteur informel fait tourner l’économie. Le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo lui-même l’a reconnu lors des assises de la relance économique. Eh oui, c’est une vérité depuis plusieurs décennies. Sans le secteur informel, comment les gens peuvent-ils affronter la pauvreté et le marasme économique ? Les entreprises et les sociétés tournent au ralenti et sont incapables de créer des emplois pour diverses raisons en particulier à cause de la faiblesse du pouvoir d’achat. Les investisseurs sont plutôt réticents faute d’un environnement favorable et avec la corruption généralisée, l’instabilité politique, et un système judiciaire politisé. À preuve, on n’a jamais été bien classé au niveau du Doing business. Et on mettra du temps à renverser la situation. Le changement réclamé par les manifestants de la GEN Z arrive in extremis.
On ignore ce que rapporte le secteur informel dans le PIB faute de données fiables et crédibles. On sait tout simplement que les marchands de rue, les ventes en ligne, les taxis-moto, les coiffeurs, les fripiers... évoluent dans le secteur informel en toute impunité. Ils ne paient ni d’impôts ni de cotisation sociale mais font vivre des milliers de familles.
On se demande alors si la faiblesse de l’assiette fiscale venait de cette incapacité de l’administration à régulariser tout le monde. On en parle souvent, mais dans la pratique, c’est un véritable parcours du combattant. Il était impossible, par exemple, de retracer les chiffres d’affaires et les ventes réalisées par les grossistes d’Anosibe, faute de facture, il y a quelques années. L’opération a dû être abandonnée.
La culture commerciale a toujours été le cash and carry sans se soucier des documents comptables. Cela fausse toutes les données et les classements à propos de la pauvreté. Comment un pays figurant dans le top 5 des pays les plus pauvres où un habitant touche moins de 2 dollars par jour, selon la Banque mondiale, peut consommer un million de tonnes de ciment en un an ? Et les chiffres vont crescendo. Quand le bâtiment va, tout va, ont l’habitude de dire les spécialistes. Sans perdre de vue l’essor des ventes de voitures neuves ou d’occasion comme si on achetait un panini sans assortiment.
De deux choses l’une. Soit le secteur informel tient des miracles, soit tout le monde fait du blanchiment de capitaux dans l’immobilier et la vente de voiture. Certes, la micro-finance apporte un salut important à l’entrepreneuriat mais concerne surtout le transport public et la quincaillerie.
Et dans toute cette saga, la pauvreté cohabite à merveille avec l’opulence sans que les gardiens de l’honnêteté, les surveillants des biens mal acquis sourcillent. L’écart social continue ainsi de se creuser comme si un tremblement de terre a séparé le pays en deux mondes.
La majorité de la population vivent dans la charité et l’assistanat et sont réduites à la résilience comme l’a souligné le Premier ministre. La Banque mondiale consacre d’ailleurs une grosse somme à cet effet mais avec une population de 30 millions d’âmes dont 80 % de pauvres, c’est juste quelques jours de survie.
On espère que cette fois le mano a mano entre le secteur privé et l’État sera un mariage d’amour étant donné que les deux parties sont issues d’une même lignée et aboutisse à du concret. Auparavant, il s’agit d’un mariage blanc qui s’est toujours terminé par un divorce à l’italienne.
Sylvain Ranjalahy