Le principal frein à l’accès à l’électricité n’est plus technique mais financier. Seule une mobilisation accrue de fonds publics et privés permettra de généraliser l’électricité et de développer des solutions décentralisées pour les foyers.
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| Le manque de financements freine l’électrification. |
Un accès limité. Le rapport Financing Electricity Access in Africa, publié par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en octobre, alerte sur le retard de l’Afrique subsaharienne dans l’accès à l’électricité. Selon l’AIE, près de 620 millions de personnes restent aujourd’hui hors réseau, avec des zones rurales particulièrement touchées. « Les populations rurales restent les plus exclues de l’électrification », indique le rapport, qui met en avant les inégalités régionales.
Pour atteindre l’accès universel d’ici 2030, l’AIE estime qu’il faudra mobiliser 15 milliards de dollars par an, soit un total de 150 milliards de dollars sur la période. En ce qui concerne Madagascar, le rapport souligne que le modèle uniquement public est insuffisant. « Le modèle public seul ne suffit pas à construire les infrastructures nécessaires », insiste l’AIE, qui recommande une finance mixte, combinant fonds publics et investissements privés.
À Madagascar, l’accès rural à l’électricité reste faible, avec un taux estimé à 14,6 % en 2023 selon Trading Economics. Les solutions décentralisées, comme les mini-réseaux et les systèmes solaires domestiques, sont particulièrement adaptées aux zones éloignées et permettent d’éviter les coûts élevés de raccordement au réseau national.
La finance mixte
Mais ces projets exigent un cadre réglementaire clair et des incitations publiques pour attirer les investisseurs privés.
Le rapport de l’AIE insiste sur l’importance d’une combinaison entre capital public et privé : les fonds publics servent aux subventions, garanties et financements initiaux, tandis que le capital privé investit directement dans les infrastructures. « En partageant les coûts, l’État et les partenaires internationaux peuvent attirer de nouveaux capitaux et sécuriser les projets malgré des budgets limités », précise le rapport.
Pour l’année 2026, le gouvernement malgache a prévu un budget de 646 milliards d’ariary pour le secteur de l’énergie, sur un budget total de 15 784,3 milliards d’ariary. Cette enveloppe couvre l’électrification, les énergies renouvelables et la modernisation du réseau.
Le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, Ny Ando Jurice Ralitera, a partagé un bilan de ses deux premiers mois à la tête du ministère. Selon lui, « jusqu’ici, le travail a porté sur le renforcement du réseau, le transport et la distribution, la mise en route des groupes électrogènes et la gestion des réseaux interconnectés d’Antananarivo, ce qui permet un meilleur accès dans la grande ville ».
La situation reste toutefois très inégale. « Même à seulement 50 km de la grande ville, les coupures reprennent, et dans certaines régions comme l’Itasy, elles peuvent durer plus de 24 heures », précisent le rapport et le ministère. Pour y remédier, le ministre prévoit de développer des kits solaires pour les ménages afin d’assurer l’autonomie énergétique des foyers.
Irina Tsimijaly
