Cher et Vieux pays

Le général de Gaulle a toujours cultivé «une certaine idée de la France», que patriotes de tous les pays devraient transposer chez eux : l’extraordinaire aussi bien dans les «succès achevés» que dans les «malheurs exemplaires». Son pays qui «vient de haut et de loin», comme avait dit Charles de Gaulle le 4 décembre 1954. En résumé, son pays qui ne peut être son pays «sans la grandeur». 

Le «monarque républicain» en avait actualisé les termes de référence dès le 17 juin 1946 : préservation du crédit des lois, cohésion des gouvernements, efficience des administrations, prestige et l’autorité de l’État ; équilibre dans la séparation des pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire ; au-dessus des contingences politiques, et au milieu des combinaisons, un arbitrage national qui fasse valoir la continuité ; et à ce Chef de l’État la mission de nommer les ministres et la fonction de promulguer les lois et de prendre les décrets. Les textes constitutionnels malgaches successifs, de 1959 à 2010, ont gardé cette ossature du discours de Bayeux. Le conformisme et la facilité intellectuelle ont fait qu’un pays comme Madagascar, soixante-cinq ans après le retour de son indépendance, vit toujours avec une architecture constitutionnelle d’emprunt. 

«Mon Cher et Vieux pays» : d’appel du 18 juin au coup d’éclat de Bayeux en juin 1944, de l’homme providentiel de mai 1958 à l’octogénaire conspué par les jeunes de mai 1968, Charles de Gaulle avait formulé une formidable «équation personnelle» avec son peuple qu’il aurait sans doute voulu d’irréductibles Gaulois. 

Je ne pouvais écrire cette énième rétrospective de Charles de Gaulle, depuis notre lorgnette malgache, sans rappeler son discours du 22 août 1958 à Mahamasina. Désignant le palais de Manjakamiadana, il promit :

«Demain, vous serez de nouveau un État, comme vous l’étiez quand le Palais de vos Rois (là-haut) était habité (par eux)». Alors que la République malgache n’était pas encore née, ce discours était la reconnaissance que Madagascar, celle d’avant le 1er octobre 1895 (premier jour d’après défaite), voire d’avant le 17 décembre 1885 (fin de la première guerre franco-malgache), n’avait pas attendu Voyron, Metzinger, Duchesne, Laroche ou Gallieni pour entrer dans l’Histoire.  

Question légitime que de se demander quel grand homme de chez nous, pourrait être le de Gaulle national. Andrianampoinimerina viendrait en premier à l’esprit chez un peuple de tradition orale qui attribue à ce souverain de l’Imerina enin-toko, au carrefour des 18ème et 19ème siècles, la paternité de bien d’innovations qui l’auront précédé de plusieurs siècles. Les discours d’Andrianampoinimerina, pour peu qu’on prenne la peine de les lire, une fois édités en manuels d’éducation civique, pourraient également être étudiés en science politique. Au-delà de la nostalgie. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne