Parce que les «classiques» représentent une certaine idée automobile et d’une époque que l’on idéalise en regard d’un présent morose, ou que la nostalgie s’y invente une passion-alibi bien sympathique qui sauve de la casse des «monuments», il existe un engouement pour les voitures anciennes.
Le rallye des collectors, vintage et youngtimers, sur la dernière portion potable (parce que les 33 km entre Analavory et Soavinandriana sont un anachronisme) du réseau routier, de bout en bout entre Antananarivo et Sambaina (124 + 132 km selon une carte FTM de 2005), s’en veut la grand-messe. Mais, des «OG» (owners group) de modèles populaires des années 1970-1980 (Cox, 4L, 504, Mini, 2CV, Golf, 205, etc.) organisent régulièrement des rassemblements parfois précédés de processions spectaculaires.
La Ford T avait mis l’Amérique sur les routes. La Deuche cacha ses faiblesses derrière un slogan : «Ceci n’est pas une voiture, c’est un art de vivre». Auquel le low-cost moderne a donné une variante, la «Dacia Way of Life». Une certaine idée, voilà qu’est l’automobile, rêve sans doute ultime de ces primo-accédants aujourd’hui en scooter, de la liberté individuelle et de l’évasion accompagnée.
Un chauffeur de taxi grec, Grogorios Sachinidis, avait parcouru 4,6 millions de kilomètres au volant de sa W115 (240 D), modèle 1976. En 2004, pour pouvoir récupérer la voiture et l’exposer dans son musée, Mercedes lui a offert en échange une Classe C (W203). Cette réputation de fiabilité, aujourd’hui paradoxalement plus aléatoire avec la complexité technologique embarquée, symbolise cette «certaine idée» d’une époque où les constructeurs fabriquaient des voitures faites pour durer.
En 2011, Opel revendiqua une «Deutsche Qualität», jouant sur la renommée du «Made un Germany». Jusqu’à une certaine époque, la production automobile allemande était réputée pour le sérieux de sa fabrication et le choix de matériaux à l’épreuve du temps. Depuis, le culte du profit et ses économies de bouts de chandelle n’épargne pas même un parangon du luxe comme Mercedes. La «Mercedes indestructible» appartient à la légende quand les ingénieurs se plient aux desiderata de la direction financière. Les puristes arrêtent leur décompte des dernières «vraies» Mercedes aux modèles 116, 123, 124, 126, 201 (la 190 pour les intimes)...
Bien entendu, on ne dédaignerait pas systématiquement une moderne. Tant qu’elle assure la même fiabilité qu’une ancienne au fil des décennies. Et qu’elle ait sa personnalité qui fasse mentir le cliché «elles se ressemblent toutes». Les modernes ont pour elles de nombreux côtés pratiques à bord, un confort justement moderne et la célérité même en downsizing grâce aux prouesses des ingénieurs. Attention cependant aux messages intempestifs d’erreur, souvent préliminaires à un blocage intégral.
Il y eut nombre de meetings d’anciennes en cette fin août. Au-delà des carrosseries rutilantes, des chromes étincelants et des enjoliveurs immaculés, c’est bien un pan d’histoire que l’on admirait passer. La certaine idée.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja