Indeperdants

Les illusions perdues. Ceux qui croyaient que les députés indépendants allaient jouer le jeu démocratique à l’Assemblée nationale ont dû déchanter très vite. L’appel d’un confrère élu député pour une union sacrée des indépendants est tombé à l’eau. Les masques sont tombés avant même la session spéciale de l’Assemblée nationale. Des députés soi-disant indépendants ont choisi ouvertement leur camp. On le savait de par leur origine mais on voulait rêver.

L’étiquette indépendant a servi plutôt pour le gain d’un strapontin que pour équilibrer les forces au Parlement, surtout pour ceux qui ont été éliminés lors du casting, à défaut des primaires. Ce sont les pauvres électeurs qui en font les frais en misant sur eux, croyant qu’indépendance et neutralité sont synonymes. Et cela fausse tout. Mais c’est ainsi depuis plusieurs législatures. Les indépendants monnaient leur statut pour basculer dans un camp comme dans l’autre.

La majorité n’avait pas besoin de l’apport des indépendants étant donné qu’elle compte plus de sièges qu’il n’en faut pour imposer son veto dans les votes. Les indépendants auraient pu ainsi être plus subtils et intelligents en gardant leur statut et en adoptant une position à géométrie variable selon les circonstances. Cela aurait donné une autre image à la Chambre basse, un semblant de crédibilité.

Hélas, le statut d’indépendant n’a plus aucun sens à partir du moment où on choisit un camp. Autant le faire avant le scrutin au lieu de leurrer l’opinion.

Imaginons que les indépendants avaient raflé tous les sièges à l’Assemblée nationale, ce qui aurait pu bien se passer, à quel camp auraient-ils rallié ?

Les indépendants doivent le rester pendant tout leur mandat, du moins officiellement. Évidemment, il est impossible de les contrôler puisque que les votes sont secrets. Cela doit être écrit quelque part dans la Constitution ou dans la loi électorale. Ou bien on interdit aux candidats indépendants de se présenter. Ce qui est d’ailleurs logique pour un pays qui compte plus de trois cents partis politiques 

alors qu’il n’y en a même pas le dixième qui présente des candidats.

L’objectif des partis est de conquérir le pouvoir à travers les élections. Ils ont l’obligation de présenter des candidats à chaque élection. Leur défaillance à ce propos ouvre une brèche aux indépendants qui n’ont même pas ni opinion, ni idée à véhiculer aux électeurs. Ce qui renie l’essence d’une élection et méprise les électeurs.

Les indépendants profitent justement du ras-le-bol général des électeurs vis-à-vis des politiciens et des politiques pour prétendre changer les pratiques, remettre les choses dans le sens de la marche, alors qu’au final, ils provoquent la même désillusion. Quelle calamité.

Sylvain Ranjalahy

1 Commentaires

  1. Votre analyse est intéressante mais peu sembler franchement naïve: la première motivation des élus à Madagascar n'est pas la politique mais le business. Le statut permet l'impunité et celle-ci permet un enrichissement phénoménale des élus qui s'organisent en véritable mafia pour piller le pays à leur unique profil. Cette situation est connu de tous et dénoncée par de nombreux pays preuves à l’appui (https://m.youtube.com/watch?si=ssj_NCZ33Yn112bU&v=loER3s55w08&feature=youtu.be )Alors pour faire ses petites affaires sans ennuis, il vaux mieux se trouver dans le camps du gouvernement: Aucun gouvernement ne souhaite s'attaquer à la racine du problème: l'impunité et la corruption. Les électeurs ont toutes les bonnes raisons d'être dégoutés, Madagascar ne pourra jamais se développer sans abrogation de l’immunité des élus et hauts fonctionnaires.

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