Inimaginable

Deux faits ont marqué la journée d’hier en particulier sur les réseaux sociaux. D’abord la publication de la photo d’un enfant de deux ans victime d’un double viol qui souffre d’une incontinence fécale et d’une grave  altération de son organe génital. La publication a fait sauter au plafond les gens sensés et ceux qui ont encore un minimum de sens de l’éthique et de la morale. On ne parle pas du droit à l’image, notion encore plus compliquée voire “vernaculaire“ pour les simples gens ou plutôt les friands de buzz et de sensations fortes. Certes, ce sont des vertus difficiles à exiger surtout durant cette campagne marquée par un sens profond de la bêtise et une maîtrise parfaite de la débilité, mais il est nécessaire de rappeler certaines règles.

La cruauté du crime dépasse juste l’entendement. La réalité dépasse, hélas, l’imagination des plus grands réalisateurs de film d’horreur à l’image d’Alfred Hitchcock, Sydney Polack, Martin Scorsese, Roman Polanski, Brian de Palma…L’opinion publique s’indigne et réclame le châtiment suprême pour l’auteur de ce crime qui atteint le sommet de l’immoralité et de la barbarie. On s’en remet à l’âme et la conscience de la Justice.

Mais l’auteur de la publication participe également à l’aggravation de la souffrance de l’enfant et de ses parents. L’éthique, qui est une règle morale non écrite, interdit la publication de photos non autorisée de mineurs surtout en matière de viol. Le souci est de préserver la dignité de l’enfant qui va grandir et qui pourrait découvrir plus tard sa photo dans la presse. Ensuite, sa famille n’aurait certainement pas souhaité étaler sa vie privée sur les réseaux sociaux.

L’autre image, qui a raflé les suffrages sans, cette fois, égratigner la corde sensible ou sans cible de la moralité sociale, concerne un fait divers sanglant. Tout simplement parce qu’il s’agit des photos des bandits qui auraient manigancé une attaque armée contre une villa à Andohanimandroseza et abattus par les Forces de l’ordre. L’opinion se délectait visiblement des photos presque nues des bandits entrelacés dans un pickup des Forces de l’ordre. On y allait allègrement de ses commentaires pour se moquer des dessous des bandits.


Les Forces de l’ordre sont coutumières du fait. La publication des photos de   prévenus est devenue monnaie courante sans la moindre notion de la présomption d’innocence. Quand on dit que nul n’est censé ignorer la loi, il appartient aux Forces de l’ordre de montrer l’exemple. Les officiers de police judiciaire n’ont pas qualité de juges. Les prévenus ne sont pas encore des coupables et pourraient être tout simplement relâchés par le tribunal pour insuffisance de preuve comme c’était justement le cas concernant des responsables religieux accusés de viol de pensionnaires d’un centre d’accueil de jeunes nécessiteux. Le mal aurait été fait, étant donné que les Forces de l’ordre et les réseaux sociaux ont usurpé la fonction dédiée à la Justice. Un autre argument pour remettre un prétendu État de droit dans le sens de la marche.

Sylvain Ranjalahy

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