La loi du talion

Self-défense ou exécution sommaire ? La fin des quatre garçons présumés bourreaux de deux jeunes filles à Ambohimanga continue d’alimenter les débats. Entre ceux qui défendent l’État de droit et la nécessité d’un procès en bonne et due forme, et ceux qui soutiennent la loi du talion dans ce genre de crime, les positions sont diamétralement opposées.

Le crime est abominable et les meurtriers ne peuvent bénéficier d’aucune circonstance atténuante. Les parents des deux jeunes filles, leurs proches et une partie de l’opinion sont visiblement satisfaits du « verdict ».

Qu’est-ce qui s’est réellement passé à Ambohimanga samedi matin lors de la reconstitution du crime au cours de laquelle les quatre jeunes ont été abattus pour avoir tenté de saisir une arme des Forces de l’ordre et de s’enfuir ? On n’a aucun indice sur ce sujet, étant donné que la scène s’est vraisemblablement passée loin des yeux indiscrets et sans aucun témoin. On est donc condamné à admettre la vérité de la police faute d’avoir d’autres versions.

La messe est donc dite. On ignore si les parents des quatre jeunes ont droit à des recours. Les dégâts sont collatéraux. Et à la fin, personne n’a gagné. Ni les parents des jeunes filles, ni les parents des jeunes bandits, ni le droit qui préconise la tenue d’un procès, quelle que soit la gravité du crime. Le droit a complètement perdu ses droits avec la diffusion sur les réseaux sociaux de l’enquête des prévenus à visage découvert. On a l’habitude d’entendre que les auditions ne sont pas accessibles au public car il faut respecter le secret de l’instruction.

Un procès aurait condamné à la prison à perpétuité les jeunes assassins et différencié la responsabilité de chacun dans le meurtre. Même les acteurs directs de la mort du colonel Ratsimandrava, Chef de l’État assassiné le 11 février 1975, n’ont écopé que de 5 ans de prison à l’issue d’un long procès et ils ont été amnistiés par Didier Ratsiraka, élu président en décembre 1975.

Au final, il n’y a pas de grande différence entre les « exécutions sommaires » et la justice populaire. Le résultat est le même.

Les faits récents montrent qu’il suffit d’une délation sans fondement pour que la foule s’en prenne au malchanceux qui finit sur le barbecue. Accusé de sorcellerie, un couple a fini son idylle quand la foule l’a forcé à traverser un grand fleuve. La femme s’est noyée après quelques mètres de nage libre sous les applaudissements du public. Cette forme de sentence s’est déroulée dans une région de l’île où le droit n’avait aucune autorité, étant donné que les Forces de l’ordre et les autorités n’ont pris aucune mesure pour empêcher le drame. Le spectacle n’a rien de risible, mais les spectateurs l’ont bissé. Sans commentaire.

Sylvain Ranjalahy 

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