À sa place

Il y a des histoires qu’on ne peut pas lire sans se poser une question. Celle qu’on se pose seul, le soir, en fermant l’écran.

En 2020, un homme nommé Marc P. est condamné en Belgique pour tentative de viol sur enfant de moins de dix ans. Il écope de trois ans avec sursis et d’une interdiction de fréquenter des mineurs. Ce qui ne l’empêche pas d’aménager son garage en salle de jeux pour les enfants du quartier.

En juillet 2025, un petit garçon de six ans raconte à son beau-père, Grégory Lenoci, un « jeu secret » avec le voisin. Lenoci porte plainte. Il découvre alors le passé de Marc P. La condamnation, le sursis, l’interdiction, le garage. Tout était connu. L’homme était toujours là, à quelques mètres de sa porte.

Le 24 juillet, Lenoci invite Marc P. chez lui et le confronte. Marc P. décrit comment il a bandé les yeux du petit, les gestes qu’il lui a imposés. C’est à ce moment que Lenoci a frappé. Il l’a frappé jusqu’à ce qu’il ne bouge plus. Marc P. est aujourd’hui dans un état semi-végétatif.

Le 20 août 2026, la justice condamne Lenoci à dix-sept ans de prison. Marc P. avait eu trois ans avec sursis pour avoir violé un enfant. Lenoci écope de dix-sept ans ferme pour avoir frappé celui qui l’a violé. Les chiffres ne mentent pas. Ils racontent quelque chose que le droit, à lui seul, ne suffit pas à expliquer.

Je sais que la loi interdit de se faire justice soi-même, et je sais pourquoi. Mais quand la justice donne un sursis à un violeur d’enfant, le laisse libre de recommencer, puis condamne à dix-sept ans celui qui a fait ce qu’elle n’a pas su faire, quelque chose ne tient plus.

L’affaire n’est pas close. Lenoci a fait appel, un nouvel avocat a pris sa défense, une plainte contre l’État belge pour dysfonctionnement est à l’étude. Et en quelques jours, des milliers de gens ont versé quatre-vingt-cinq mille euros dans une cagnotte pour le soutenir. Ce n’est pas de la générosité. C’est un vote contre une balance qui penche du mauvais côté.

À sa place, vous auriez fait quoi ?

Votre enfant de six ans. La justice qui a déjà donné sa chance au voisin, et le voisin qui l’a utilisée pour recommencer. Le droit vous dit d’attendre, de faire confiance aux institutions. Le même droit qui avait déjà laissé cet homme libre, qui connaissait ses antécédents, qui savait pour le garage, et qui n’a rien fait. Vous auriez attendu un deuxième sursis ?

Personne ne devrait avoir à répondre à cette question. C’est le travail de la justice de faire en sorte qu’aucun parent ne se retrouve devant ce choix. Mais quand la justice échoue, quand le sursis remplace la protection, ce n’est plus le père qui a failli. C’est le système qui l’a mis dans cette position.

Dix-sept ans pour le père. Trois ans avec sursis pour le violeur. Et quatre-vingt-cinq mille euros de gens ordinaires qui ont décidé que cette balance ne pouvait pas rester ainsi.

L’affaire suit son cours. Mais la question restera, posée sur la table, bien après le verdict. À sa place, vous auriez fait quoi ?

 Mbolatiana Raveloarimisa

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