(Suite et fin)
Ranavalona n’a pas non plus ignoré l’apport décisif de certains missionnaires : quand, le 23 juin 1830, après dix ans de séjour et de labeur, David Jones, le parrain de l’alphabet-abidia, quitte Antananarivo,
Ranavalona 1ère ordonna qu’il fût salué au son du canon. En juillet 1857, faisant expulser Jean Laborde, compromis dans le complot Lambert, elle lui accorda la permission exceptionnelle d’emporter ses biens meubles et de rester un jour de plus contrairement à ses complices, expulsés dans l’heure : Ranavalona n’avait pas oublié que la cité industrielle, de celui qu’elle fit naturaliser andriamasinavalona, avait fabriqué les armes que les soldats merina opposèrent au débarquement français de 1845 à Tamatave.
Radama avait bonne presse auprès des étrangers parce qu’il avait permis l’arrivée des missionnaires qui s’employèrent à fixer l’abidia (l’alphabet) malgache et formèrent les «Roambinifololahy». Personne ne souligne que, dans cette cohérence d’État, les Reines Ranavalona 1ère et Rasoherina (1864-1868) surent reconnaître les compétences de ces derniers et les envoyèrent comme ambassadeurs à Londres : Raharolahy et Rasatranabo en mars 1837 ; Rasatranabo-Rainandrianandraina et Ralehimaholy-Rainifiringa en mars 1864. Et qu’à ces mêmes «Roambinifololahy» furent confiée l’éducation des futurs ministres de la deuxième moitié du XIXème siècle.
Cette ambassade de 1837 avait proposé que les Britanniques fournissent une assistance technique mais sans prosélytisme religieux. Malentendu dont Ranavalona ne porte pas la seule responsabilité. Deux ans auparavant, le 1er mars 1835, Ranavalona avait fait interdire le christianisme mais permis à deux derniers missionnaires, Johns et Baker, de ne partir qu’en juillet 1836, dans l’espoir d’un ultime «transfert de technologies».
Les décisions de Ranavalona avaient la cohérence d’un objectif clair : la spécificité de sa culture et de sa société héritée de la dynastie des Roambinifolomanjaka (la lignée de ses prédécesseurs au nombre symbolique de douze). Son identité, dirait-on plus tard. Une posture sans doute mieux policée avec les correctifs de l’instruction (qui n’existait pas alors dans sa société) et le vernis qu’aurait permis une culture plus générale (à laquelle son époque n’avait pas non plus accès).
Après la mort de Ranavalona, les puissances européennes en lice dans les îles de l’Océan Indien, la France et la Grande-Bretagne, s’empressèrent de se faire représenter au couronnement de son fils et successeur, Radama II.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja