| La tombe d’un pirate au cimetière de Sainte-Marie. |
L’archiviste-paléographe Jean Valette prononce, le 3 décembre 1966, une conférence sur les rapports diplomatiques entre Madagascar et les États-Unis. C’est à l’occasion du 100e anniversaire de ces relations. Il débute son propos en précisant qu’il n’est pas, « en l’état actuel », de fixer une date au début des relations américano-malgaches. Elles sont surtout d’ordre commercial et « pas toujours honnêtes ». C’est pourquoi on n’en trouve pas de traces dans les archives officielles ou privées.
Le conférencier cite alors un article publié dans les « Actes du Congrès d’Histoire maritime » de Lourenço-Marquez et datant de l’année 1962. L’auteur, le Rev. Hardyman, attire l’attention sur l’un des points des relations américano-malgaches, la traite des esclaves vers les deux Amériques. Les conclusions auxquelles il arrive « ne sont encore que fragmentaires ».
Un autre aspect des activités commerciales américaines dans l’océan Indien et à Madagascar, est lié à la piraterie qui fleurit fin XVIIe-début XVIIIe siècle. « Autant que l’on puisse le savoir, certaines maisons américaines semblent s’être spécialisées dans l’écoulement des marchandises que les pirates s’appropriaient indûment par le pillage des malheureux navires qu’ils rencontraient. » Dans un ordre d’idées voisin, mais plus honnête, Jean Valette ne manque pas de rappeler que les îles de France et de Bourbon peuvent survivre pendant les guerres napoléoniennes, malgré le blocus britannique, grâce aux navires américains qui jouissent du privilège de la neutralité, achètent les prises des corsaires français et leur vendent en échange les produits de première nécessité.
Pendant le XVIIIe siècle, les maisons de commerce qui trafiquent avec Madagascar, ont leur siège sur la côte Est américaine, notamment en Nouvelle-Angleterre, plus précisément à Salem. « Nous sommes naturellement incapable de saisir l’étendue et la nature du trafic, voire son mécanisme. Mais nous pouvons penser que ce trafic avait atteint une importance considérable puisqu’au lendemain de la guerre de l’indépendance, nous assistons à une véritable tentative des milieux d’affaires américains pour prendre pied, sur le plan politique, à Madagascar », indique l’archiviste-paléographe.
Il aborde alors le cas du comte Maurice de Benyowski, aristocrate polono-hongrois qui crée en 1774, au nom du roi de France, un établissement à Madagascar et qui, d’après lui, arrive à se faire reconnaître roi de l’île toute entière. La tentative, pour de multiples causes, est un échec et le comte pour s’en disculper, doit revenir en Europe où la Cour de Versailles ne semble guère d’accord pour recommencer l’aventure. Benyowski cherche ailleurs un autre bailleur de fonds. Il se tourne vers la jeune République des États-Unis, plus exactement vers des négociants américains à la recherche de nouveaux débouchés. Il a plus de succès, du moins au début comme l’affirment ses Mémoires.
Accompagné de sa famille et de quelques associés, il fait voile vers le Maryland, le 14 avril 1784. Il arrive à Baltimore le 8 juillet, avec une cargaison embarquée à Londres, « consistant en divers articles pour Madagascar. Deux raisons semblent les empêcher, ses amis et lui, de se diriger directement vers la Grande Île ». D’abord, il lui est impossible de se procurer le pavillon d’aucune puissance européenne. Ensuite, il espère que les marchands américains, dont les affaires sont bouleversées par les efforts que leur coûtent la conquête de leur liberté et la perte importante de leurs privilèges coloniaux dans leur commerce avec la France, seraient empressés d’accueillir la perspective d’un nouveau canal de commerce.
Son espoir se trouve bien fondé car une maison de commerce de Baltimore est déterminé à seconder ses vues et lui fournit un vaisseau armé de grands et de petits canons. « L’Intrépide » quitte la ville le 25 octobre 1784. Avant le départ, tout l’équipage prête serment de fidélité et se soumet au commandement absolu du comte. « Mais en définitive et après quelques péripéties où les torts semblent réciproques, la deuxième tentative de Benyowski se solda par un échec. »
Avec le XIXe siècle, l’histoire des relations américano-malgaches est plus sûre. À partir de 1824, des documents d’origines diverses, mauricienne, malgache, américaine, permettent de mieux saisir ces relations, de les replacer dans un contexte plus général et même d’étudier les contrecoups subis par ces relations au milieu des vicissitudes des rapports, souvent tendus, entre Madagascar et les puissances européennes.
Pela Ravalitera