La civilisation des toilettes

J’avais salué, à plusieurs reprises, l’apparition (c’est le cas de le dire) des stations-services modernes le long des routes nationales. La lumière, un ilot de lumière, dans la nuit noire de quelque part nulle part. Boutiques bien achalandées avec un petit parfum d’un luxe inattendu si loin des grandes agglomérations. Espace de restauration pour une halte bienvenue. 

Malheureusement, quand il s’agit de soulager certains besoins incompressibles après une centaine de kilomètres, pas toujours de billard, on se heurte de plus en plus souvent, à mesure que l’on s’éloigne des premiers jours d’après inauguration, à un déplorable laisser-aller au niveau de la propreté sinon à une panne logistique. 

«Pétrolier», dans un pays du tiers-monde, ne s’arrête pas à débiter du carburant. Déjà «RSE» ou tout bonnement «RH», quand il faut s’atteler à l’éducation basique du personnel ? Tâche complexe si on songe à la fracture mobilière qui peut séparer leur quotidien professionnel de leur foyer-dortoir. Que seulement l’eau courante vienne à manquer, et sera-t-il toujours question de tirer la chasse? Une tirette ou un bouton-poussoir peuvent se révéler terriblement intimidants quand on les découvre sans mode d’emploi. Pourtant, certaines exigences minimales à l’égard de la clientèle sont confiées à ces agents eux-mêmes désemparés. 

Pour une enseigne globale, il serait intéressant de savoir si elle installerait les mêmes «toilettes 101», qui nous accueillent dans certaine station d’Ambohimandroso (RN7), dans un autre pays, disons plus «émergent». Une enseigne plus locale vient d’inaugurer une toute belle, parce que toute neuve, station à Ambatolampy (RN7) : il est dommage qu’à son autre station d’Ambohidratrimo-Alakamisy (RN4) l’eau courante ait cessé de couler pour dissiper cette pestilence ammoniacale. Éminemment regrettable tandis qu’on avait grand espoir que les WC «Shell-Total-Jovena-Galana» fassent disparaître les coins-pipi improvisés dont ne parlera jamais aucune brochure à l’usage du million hypothétique de touristes. 

Où se réfugie ultimement la certaine idée de nous-mêmes. La civilisation des toilettes, siège du regard intérieur. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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