1643 enfants népalais ont échappé au tsunami de boue qui a fait près de 800 morts et 3.000 disparus (13 morts et 546 disparus du côté chinois), à la frontière sino-népalaise. Un cadre d’une école népalaise avait eu le réflexe de faire monter les élèves sur les hauteurs des montagnes qui enchâssent de part et d’autre le lit du fleuve.
Les images sont édifiantes : une rivière débonnaire sur les rives de laquelle les hommes sont venus s’établir. Erreur fondamentale qu’allait révéler impitoyablement la chute d’un glacier. Dans le canyon, les vagues étranglées par les parois montèrent à plusieurs dizaines de mètres tandis que, dans la vallée plus élargie, le lit du torrent avait grossi de 300 mètres.
Les images filmaient encore ce qui se passait loin en amont que l’on pouvait déjà se demander ce que diable faisaient ces maisons et cette ville, à plusieurs kilomètres vers l’aval, sur le parcours de ce torrent de boue, et très en contrebas de la vue imprenable du caméraman.
Chez nous, la conception de l’espace obéissait à une logique tout à fait différente : aménager un plateau sur une colline, ou une montagne, pour l’habitat et confier l’agriculture à la vallée. Conception traditionnelle, et salutaire, dans toute l’Imerina avant que l’administration coloniale se mette en tête de conquérir les rizières et que la République malgache n’en perpétue la double folie : araser les collines d’Anjeva pour remblayer le Betsimitatatra et y faire flotter le quartier-polder des «67 hectares».
Aucun glacier ne risque de se détacher depuis 5000 mètres d’altitude sous nos tropiques, et ni l’Ikopa ni la Mamba n’ont le débit des cours d’eau encaissées du Népal, mais quand le fleuve et sa rivière grossissent ensemble des pluies de fahavaratra ou des précipitations cycloniques, ils transforment le Betsimitatatra en Mésopotamie. Et c’est une mer étale là où l’eau a repris ses droits, c’est-à-dire son cours. Des inondations à peu moins dévastatrices que l’impressionnante catastrophe qui a frappé cette vallée de l’Himalaya. Les catastrophes naturelles surviennent pour que l’homme ait le choix d’apprendre (ou non) de ses erreurs.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja