L’appel à la dissolution de l’Assemblée nationale continue de susciter le débat. Face aux critiques, le président de l’institution met en avant les actions des députés, notamment les enquêtes parlementaires.
![]() |
| Le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, s’exprimant devant la presse, hier, à Tsimbazaza. |
Répondre par les actes. Telle semble être la stratégie adoptée par l’Assemblée nationale face aux appels répétés à sa dissolution lancés par la Gen Z et l’Association des étudiants dynamiques des universités de Madagascar (Assedu Mada).
Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’institution de Tsimbazaza, a donné le ton, hier, dans son discours d’ouverture de la session extraordinaire. Face aux critiques, il a mis en avant les enquêtes parlementaires en cours à la Chambre basse pour démontrer que les députés assument leur rôle de contrôle de l’action du gouvernement et de l’utilisation des deniers publics. Le président de l’Assemblée nationale en a également profité pour appeler les citoyens à ne pas se fier aux informations négatives véhiculées sur l’institution.
«Les séances plénières sont accessibles au public. Vous pouvez également faire un suivi des travaux et des actions parlementaires via les publications sur les pages officielles et le site web de l’Assemblée nationale», défend Siteny Randrianasoloniaiko. S’agissant des commissions d’enquête parlementaire, le président de la Chambre basse cite celle consacrée à la Jirama et celle portant sur la gouvernance et la gestion des deniers publics sous l’administration Rajoelina, de 2019 à 2025.
Dans son allocution d’hier, il a ainsi fait état de ce qu’il présente comme les premiers éléments issus des enquêtes parlementaires sur la gouvernance durant l’administration Rajoelina. Il évoque «de décaissement de fonds en rapport à des dons destinés à la lutte contre la Covid-19», ou encore «d’argents décaissés pour l’indemnisation des personnes expropriées dans le cadre du projet Nouvelle Ville, alors que les bénéficiaires n’ont encore rien reçu».
Juge et partie
Siteny Randrianasoloniaiko affirme également que les documents qui seraient en possession de l’Assemblée nationale indiqueraient que “contrairement aux 70 millions annoncés au départ, le montant de la construction du stade Barea s’élève au total à 120 millions de dollars”. En mettant en avant ces enquêtes parlementaires, le président de l’institution entend rappeler que les députés disposent d’un pouvoir de contrôle et peuvent intervenir sur des dossiers sensibles.
Les arguments avancés par les responsables de l’institution de Tsimbazaza semblent toutefois peu convaincre ceux qui réclament sa dissolution. Ces derniers mettent en avant l’attitude et les performances de l’Assemblée nationale sur l’ensemble de la législature actuelle, mais aussi durant le précédent mandat, et non sur les seuls six derniers mois. Une partie de l’opinion publique reproche notamment aux députés leur transhumance politique et les négociations autour de leurs avantages, davantage que leur implication dans les travaux parlementaires.
Les critiques portant depuis plusieurs années sur l’éthique politique et l’exemplarité des élus tendent ainsi à reléguer au second plan les efforts actuels des députés pour restaurer l’image de l’institution. Les événements de ces derniers mois montrent également que les changements d’alignement politique en fonction des rapports de force avec l’exécutif restent une pratique présente à l’Assemblée nationale, certains députés l’assumant publiquement.
La reconnaissance de la nécessité de revoir certaines pratiques politiques à la Chambre basse constitue néanmoins un premier pas. La mise en place de commissions d’enquête parlementaire peut également apparaître comme une traduction concrète de cette volonté, à condition que les investigations soient approfondies. Une vigilance accrue dans le travail parlementaire en amont aurait toutefois pu permettre de prévenir certaines dérives.
Un examen plus approfondi des projets de loi de finances avant leur adoption, l’exigence d’une présentation dans les délais des lois de règlement ainsi qu’une évaluation et un contrôle réguliers des politiques publiques et de l’action gouvernementale auraient pu renforcer ce rôle de contre-pouvoir. D’autant que, parmi les députés actuels, certains ont eux-mêmes été impliqués, à différents degrés, dans les périodes ou les dossiers concernés par les enquêtes citées hier. Certains ont également eu maille à partir avec la justice dans des affaires relatives à la gestion des deniers publics, tout en participant aujourd’hui aux enquêtes parlementaires.
Garry Fabrice Ranaivoson
