Éclipse scolaire

Il en est du taux de participation aux élections comme du taux de réussite aux examens. La tendance tend vers zéro. Le baccalauréat n’échappe pas à la descente aux enfers. Un taux de réussite moyen de 45 % pour tout le pays. Les meilleurs résultats appartiennent à Analanjirofo (60 %), à Antananarivo, 51,74 % avec une note de délibération de 9,75/20, et à Toamasina avec 51,57 %. Le plus mauvais score a eu lieu à Toliara avec 39,21 %.

Des résultats qui n’ont pas de quoi surprendre depuis le rapport de la Banque mondiale sur l’éducation. Un constat qui a de quoi angoisser sur l’avenir des jeunes et surtout celui du pays. À ce rythme, dans quelques années, ceux qui décrochent le bac auront tous la mention passable. Dès cette année, les mentions très bien et bien se comptent sur les doigts de la main.

Mais il fallait s’y attendre quand on sait que l’éducation n’occupe que 3,3 % du PIB cette année. Une légère hausse par rapport au taux de l’année passée. Les dépenses publiques pour l’éducation sont évaluées à 67 774 000 000 ariary.

L’éducation ne peut pas aller loin avec un budget aussi dérisoire dont la plus grande part est prise par les dépenses de fonctionnement.

Les écoles se trouvent dans un état déplorable et manquent de matériel, d’équipements tels que les bancs, de salles de classe et d’enseignants qualifiés.

Récemment, de hauts responsables de l’éducation dans le régime précédent ont été accusés de détournement de deniers publics à propos d’un marché de bancs. L’argent a été débloqué, mais les bancs n’ont jamais été livrés.

La corruption ronge également le milieu de l’éducation, compliquant la situation.

Le niveau des enseignants a également été dénoncé par la Banque mondiale. On recrute des enseignants qui n’ont ni la compétence ni la vocation pour faire le métier. Des enseignants suivent des formations universitaires, mais à l’heure du recrutement, ils ne figurent pas dans la liste. Pas plus tard que la semaine passée, le syndicat des enseignants-chercheurs a déclaré que même si on donne trois cents postes budgétaires sur les trois mille prévus, cela ne suffira pas pour les universités.

La vocation d’enseignant a presque disparu avec le traitement qu’on leur inflige. Mal payé, sans aucun avantage, déconsidéré par rapport aux autres fonctionnaires, l’enseignant est devenu un métier par nécessité et par hasard. L’État a fait un effort en révisant l’indemnité de logement des enseignants, mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

Ceux qui n’ont pas réussi au bac devront redoubler s’ils en ont encore la possibilité ou trouver un métier faute de moyens pour continuer leurs études. Mais ils ne sont pas seuls. Sur les 45 % d’admis, au maximum le tiers seulement pourra continuer à la suite du tri effectué par le concours d’entrée. La capacité des universités et le budget devenu symbolique ne permettent pas d’accueillir tous les bacheliers. Ceux qui ont échoué au concours restent sur le carreau, faute de moyens pour aller dans les universités privées. Le bac ne constitue pas un sésame pour entrer par toutes les portes.

Le pays traverse une véritable crise de l’éducation et de l’enseignement. À preuve, cette éclipse scolaire qui frappe les candidats au bac.

Sylvain Ranjalahy

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