Suivant la ligne du Chef de l’État, le Premier ministre fait le lien entre la vague d’enlèvements et de meurtres présumés et une tentative de déstabilisation politique. Dans une déclaration, hier, il lance un ultimatum contre ceux qui, selon lui, veulent bloquer la refondation.
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| Au premier plan, le Premier ministre, Mamitiana Rajaonarison, hier, à Mahazoarivo. |
C’est une guerre. Ce sont les mots de Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, hier, en parlant de la situation sécuritaire qui prévaut actuellement. Sur un ton martial et le visage grave, l’ancien officier supérieur de la Gendarmerie nationale a fait une déclaration sur le sujet, au palais d’État de Mahazoarivo, hier.
« Cela brise le cœur de voir nos enfants tués de la sorte. En tant que Premier ministre, je ne peux tolérer que l’on touche à la vie des Malgaches, car je suis Malgache », déclare-t-il. Toutefois, au-delà de l’émotion, dans la rhétorique, la riposte à la situation actuelle est politique. Sans ambages, le chef du gouvernement fait le lien entre la vague de disparitions et de découvertes de corps sans vie ces derniers jours avec une velléité de déstabiliser le pouvoir et ainsi de freiner le processus de refondation.
Face à la situation, l’ancien militaire choisit donc d’endosser sa tenue de chef de guerre et émet un ultimatum à ceux qui, selon lui, veulent bloquer la refondation. « Des mesures sont déjà mises en place. Cependant, c’est une guerre. Ainsi, quels que soient ceux qui se cachent derrière ces meurtres pour déstabiliser cette refondation déjà en marche, je ne ferai preuve d’aucune tolérance et je suis prêt à mener la bataille », lance-t-il.
Depuis quelques jours, les avis de disparition de personnes, dont des adolescents, foisonnent. Pour la journée d’hier, treize signalements de disparition ont été émis à Antananarivo. Certaines ont été retrouvées mortes et mutilées.
« De mémoire, il n’y a jamais rien eu de tel à Madagascar », affirme le locataire de Mahazoarivo, en ajoutant : « Nous ne pouvons pas tolérer cela ». En hissant la situation sécuritaire actuelle à une dimension de complot politique, le Premier ministre s’aligne sur la posture prise par le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État.
Dans un discours prononcé au camp du Corps d’administration du personnel des services administratifs et techniques (Capsat), à Soanierana, samedi, le locataire d’Iavoloha a soutenu qu’il s’agit d’une manœuvre pour « installer une psychose à Madagascar afin de pouvoir prétendre à l’international que le pays est à feu et à sang ». Il a ajouté que « tout cela fait partie de leur stratégie pour déstabiliser ce pays qui est pourtant en train de se redresser ».
Droit à la sécurité
Avec sa déclaration d’hier, Mamitiana Rajaonarison, hier, l’État dessine une ligne de front. Le gouvernement est en guerre contre ceux qui, selon lui, tentent de faire obstacle à la refondation. « Cette refondation doit impérativement réussir, car les personnes qui y font obstacle se réjouissent du malheur des Malgaches », assène l’ancien officier supérieur de la gendarmerie, en ajoutant à la fin de son discours : « Personne ne fera obstacle à cette refondation sans en subir les conséquences ».
Cette rhétorique politique s’est déjà retrouvée dans les discours des membres de l’Organe mixte de conception au niveau national (OMC-NAT), durant la conférence de presse qu’ils ont donnée, dimanche, au ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, Anosy. L’OMC-NAT étant l’entité qui prend les décisions politiques et stratégiques en matière de sécurité et d’ordre public.
À s’en tenir aux discours des décideurs politiques, sur le volet opérationnel, les Forces de défense et de sécurité (FDS) seront alors amenées à traiter les événements actuels, non plus comme de simples faits divers, mais comme une offensive contre la stabilité de l’État. Dans la foulée de la sortie médiatique du Premier ministre, l’État-major mixte opérationnel au niveau national (Emmo-nat) a également fait une déclaration, hier soir.
Parlant au nom de l’Emmo-nat, le contrôleur général de police Jean Victor Tsaramonina, directeur général de la Police nationale, parle de tolérance zéro. Il annonce également un déploiement massif des éléments des FDS depuis hier. Des fouilles systématiques seront également appliquées, selon lui, pour les véhicules à vitres fumées. Il prévient également que des fouilles seront menées dans les quartiers et même les domiciles « sur la base de renseignements ». Un durcissement de la politique pénale est annoncé.
Le directeur général de la police reprend, toutefois, la rhétorique politique dans ses propos et parle « de stratégie de déstabilisation », derrière les faits actuels. La contribution des citoyens pour débusquer les auteurs présumés de ces crimes est sollicitée. La reprise des comités de vigilance citoyens dans les Fokontany est ainsi annoncée.
La communication étatique impose une obligation de résultat. S’il s’agit d’un complot politique, les coupables devraient être démasqués publiquement pour valider la thèse étatique. Il faudra cependant se garder d’accabler des boucs émissaires. Par ailleurs, pour le citoyen lambda, la guerre déclarée par le Premier ministre doit se solder par une victoire, non pas politique, mais sécuritaire. Au-delà de la politique, l’enjeu est de rétablir le droit citoyen à la sécurité.
Garry Fabrice Ranaivoson
