Deux grandes décisions concernant l’identité malgache ont été prises cette semaine. Il s’agit de l’usage du malgache dans les lettres officielles et les correspondances administratives. Les députés ont eu le courage d’adopter cette loi alors que l’ombre du cuisant échec de la malgachisation à outrance de l’enseignement reste encore dans toutes les mémoires. Toute une génération a été sacrifiée sur l’autel d’un patriotisme déplacé. Mais les responsables concernés se sont empressés de préciser qu’il s’agit de deux choses totalement différentes.
L’usage de la langue maternelle dans l’éducation des enfants est, d’ailleurs, recommandé partout ailleurs. Et dans plusieurs pays, dont des africains, c’est déjà le cas. Le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda, le Kenya et la RD Congo utilisent le swahili comme langue officielle. Autrement dit, au moins 262 millions de personnes parlent cette langue dans cette partie de l’Afrique. Au plan des échanges commerciaux, c’est autant de consommateurs. Ceci explique cela.
Le mandarin est parlé par 1,4 milliards de personnes et autant de consommateurs sur le marché international. Voilà pourquoi le mandarin connaît aujourd’hui une expansion internationale, vu l’importance de la Chine dans les échanges ainsi que son développement technologique.
Il en va de l’Inde, pays le plus peuplé du monde avec 1,6 milliards de population dont la moitié parlent hindi et l’autre anglais.
Ce n’est pas notre cas. Nous sommes 32 millions à parler malgache et même les pays voisins de la COI ne la parlent. La diplomatie identitaire a fait son temps pour suppléer la diplomatie du portefeuille.
D’autres obstacles se dressent dans cette volonté de donner sa place au malgache dont les contours restent à définir.
L’autre décision qui a marqué la semaine est la décision du gouvernement d’inciter la population à s’habiller malgache. Là aussi, il s’agit d’une identité culturelle qui varie d’une région à l’autre. Mais la majorité des Malgaches s’habillent déjà dans des tenues traditionnelles à l’image des Africains vêtus de boubou, de kaftan, de kita, de kangaroo et de gomesi dans les réunions internationales.
Ces derniers temps, les tenues en soie traditionnelles sont omniprésentes dans diverses cérémonies. Sauf qu’elles ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Beaucoup se résignent au look du «patron n’omby» avec un chapeau en feutre et emmitouflés de trois ou quatre malabary aux innombrables poches.
Les deux décisions ne sont aucunement répréhensibles, sauf que, pour le moment, la population a d’autres chats à fouetter avec l’insécurité, la hausse des prix avec l’application de la loi des finances, les coupures de courant restées en l’état. Entre le paraître, il s’agit d’un travail de....langue haleine.
Sylvain ranjalahy