Après des années d’impasse, les employés de la Kraomita Malagasy (Kraoma) perçoivent leurs arriérés de salaire. La semaine dernière, la société a commencé à verser une première tranche correspondant à six mois de rémunération.
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| Keron Idealson, directeur général par intérim de la Kraoma. |
La société Kraomita Malagasy commence-t-elle à sortir la tête de l’eau ? La semaine dernière, la direction de l’entreprise a versé six mois de salaire à ses employés. Ces derniers n’avaient rien perçu depuis 2019, période au cours de laquelle la Kraoma S.A avait été fragilisée par des problèmes de gouvernance.
Le directeur général par intérim de la société, Keron Idealson, a ouvert le dialogue avec les employés.
« Si je suis ici, c’est pour apporter des solutions en tant que leader, et non en tant que directeur général qui inspire la crainte. Nous sommes ici pour trouver les moyens de redresser cette société », a-t-il déclaré en fin de semaine à Brieville, lors de sa première rencontre avec le personnel.
Selon la direction générale, tous les employés ont perçu six mois de salaire, y compris ceux partis à la retraite. Les parts dues aux salariés décédés ont été versées à leurs ayants droit. La société a pu s’acquitter de ces arriérés après que le Pôle anti-corruption et le ministère de la Justice ont reversé sur les comptes de la Kraoma la somme de vingt milliards d’ariary, à la suite d’une décision de justice. « Ces cinq millions de dollars américains ont été reversés dans notre trésorerie. Cette somme nous a
permis de verser, dans l’immédiat, six mois de salaire aux employés», explique Keron Idealson.
Réformes
Les employés, autrefois dépités, disent avoir retrouvé une certaine lueur d’espoir. « Nous étions dépités, mais nous sommes ravis d’avoir perçu six mois de salaire », confie l’un d’eux. Une partie de cette somme servira également à relancer les activités de la Kraoma à Brieville.
La direction générale avait annoncé son intention d’engager des réformes au sein de la Kraoma. Cette décision marque peut-être un tournant pour cette société en difficulté depuis 2019, qui n’a plus exporté de chrome depuis cette période.
Depuis 2018, le statut de la société n’a cessé d’évoluer. Des investisseurs russes avaient été appelés à entrer au capital aux côtés de l’État. Après le départ de la société russe Ferrum Mining, l’entreprise publique malgache chargée de l’exploitation du chrome doit faire face à ses dettes, ainsi qu’à un cours du chrome trop faible pour lui permettre de dégager des bénéfices. La Kraoma a ainsi été laissée à l’abandon, avec des dettes qui atteignaient 9,6 millions d’euros, selon les états financiers de 2018.
Selon Jeune Afrique, la compagnie devait également faire face à des arriérés de 5 millions d’euros envers la multinationale Stork, implantée en Autriche. Confrontée à des cours trop bas, la mine avait fini par couler sous son propre poids. En 2019, seules 15 000 tonnes de chrome ont été exportées, alors que la tonne s’échangeait à 120 dollars en Chine. La direction générale de l’époque avait expliqué que « les frais de production et de transport du gisement au port de Toamasina avoisinaient déjà cette somme », rapporte Jeune Afrique.
La Kraoma produit et exporte principalement de la chromite de haute qualité depuis le début de ses activités d’extraction en 1968. Le chrome concentré qu’elle produit se négocie entre 285 et 320 dollars la tonne pour les qualités standards. Les minerais de qualité supérieure peuvent atteindre 350 à 370 dollars la tonne. Ce regain de vitalité du marché international pourrait profiter à la Kraoma dans les prochaines années, à condition de relancer les activités extractives, mais aussi d’assainir la gouvernance de la société.
Itamara Otton
