INSÉCURITÉ - La population sur le qui-vive

Les cas de disparitions et les craintes d’enlèvements mettent les habitants sur le qui-vive. Le phénomène bouscule les habitudes.

Des parents accompagnés de leurs enfants dans une rue de Tanà.

Une profonde psychose s’empare des habitants d’Antananarivo. La peur des enlèvements est dans tous les esprits, face à la multiplication des disparitions inquiétantes dans la capitale ces derniers jours. Le sujet est sur toutes les lèvres et s’invite même dans les coulisses des événements officiels, où il alimente les discussions de couloir. « La situation actuelle m’angoisse terriblement, surtout pour mes enfants. On voulait les inscrire à des cours de musique pour les vacances, mais on a annulé. Les laisser prendre le bus ou marcher seuls en ce moment, c’est devenu beaucoup trop risqué », confie un participant à un événement officiel à l’hôtel Carlton à ses interlocuteurs, hier, pendant la pause. 

Pour de nombreux riverains, le simple fait de franchir le seuil de leur maison et de marcher dans la rue est devenu une source d’angoisse permanente. Pour faire un achat à l’épicerie du quartier, Irène Mirasoa, mère de famille à Ambohitrakely, emmène avec elle ses trois enfants. « Notre maison n’est pas clôturée, je n’ose donc pas les laisser là-bas, de peur que quelqu’un ne les embarque en mon absence. Surtout qu’hier, il y a eu une tentative d’enlèvement juste dans notre quartier, d’après ce qu’on raconte sur les réseaux sociaux », lance-t-elle.

Méfiance

La peur ne concerne plus seulement le kidnapping d’enfants. Aujourd’hui, même les adultes redoutent d’être enlevés. Antonio Zoma et sa femme, habitants d’Ambatolampy. Tsimahafotsy, ont décidé de se rendre à leur lieu de travail avec leur propre véhicule depuis hier, alors que, d’habitude, ils se déplacent en bus. « Comme ça, on est tranquilles, pas de risque de se retrouver dehors face aux ravisseurs. Ma femme, en plus, ne finit qu’à 17 h 30, et l’idée qu’elle rentre en bus à cette heure-là nous angoisse. Elle doit aussi traverser des ruelles sombres et isolées pour rejoindre l’arrêt. Or, d’après les derniers témoignages, c’est exactement là que les agresseurs frappent », confie cet homme, qui s’est résigné à mettre en place ce dispositif depuis ces événements. À l’arrêt de bus de Nanisana, en pleine heure de pointe, alors que les bus se font rares et que l’attente se prolonge, des particuliers s’arrêtent pour proposer de dépanner les usagers. Mais la méfiance l’emporte parmi les nombreuses personnes présentes à l’arrêt. Elles déclinent l’offre et restent sur le trottoir. « Tant pis si je rate mon rendez-vous, la situation actuelle est devenue trop incertaine pour prendre le moindre risque », lance Harilandy Ramarokoto, une sexagénaire, parmi ces usagers.

Les habitants déplorent le manque de visibilité des forces de l’ordre sur les voies publiques. « Ils devraient être partout, à chaque coin de rue, en ce moment où la situation est critique. Rien que leur présence suffit à nous rassurer et, peut-être, à dissuader les ravisseurs de passer à l’acte », réagit Antonio Zoma.

L’État a annoncé le déploiement de patrouilles des forces mixtes, effectif depuis mercredi dernier. « L’opération a même été intensifiée depuis. L’objectif est de couvrir une zone aussi large que possible », confie une source. En revanche, le déploiement de barrages ou de postes fixes resterait impossible, hormis au niveau des points sensibles.

Miangaly Ralitera

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne