Entre pôle masculin politique et pôle féminin religieux

La cour intérieure de Mahitsielafanjaka.

Le Rova d’Andrianam-poinimerina à Antananarivo ne comporte pas plus d’éléments structurels que celui d’Andrianjaka, hormis la cour de justice (lire précédentes Notes). En 1800, c’est un espace grossièrement rectangulaire limité, au nord, à la terrasse qui domine Tranovola, et, à l’ouest, à l’actuel Palais de la Reine, le long duquel existe encore en 1817, une forte rupture de pente avec mur de soutènement, comblée depuis. L’accès nord doit être à l’endroit appelé depuis Ranavalona Ire « porte d’Ileodoka », orientée différemment et alors construite en bois.

D’après les « Tantara ny Andriana eto Madagascar» du R. P. Callet, il n’existe à l’époque qu’un seul accès, car la porte sud-ouest date de cette reine. « Ce Rova répondrait à des exigences autres que la simple convenance du souverain. La sécurité tout d’abord : la peur de la mort si profonde dans l’âme malgache, avait alors de solides justifications », écrit Vincent Belrose Huygues ( « Rova de Tananarive, d’Andrianjaka à Radama Ier : un exemple de syncrétisme esthétique au XIXe siècle », lire précédentes notes). Le Rova, planté au sommet de la cité, « solidement barricadé et gardé », empêche toute atteinte à la vie du roi. Cette précaution est renouvelée autour de chaque Lapa (palais) ou groupe de Lapa.

« Bien plus importante était l’exigence symbolique. » Les « Tantara » indiquent qu’à l’époque, le Rova est facile à escalader, aussi a-t-on promulgué une loi rigoureuse. Ainsi, il faut entrer par son unique porte et il est interdit de passer par-dessus la palissade sous peine de mort. Cette loi doit assurer la sécurité du souverain, mais pour franchir la porte, il faut accomplir un certain nombre de gestes rituels afin de prouver un état de pureté et écarter les mauvais sorts.

« On retrouve là un modèle architectural de la royauté sacrale archaïque, dont le principe se retrouve aussi bien dans les enceintes royales créto-mycéniennes que dans celles des grands royaumes de l’Afrique de l’Ouest et, plus proche, du Zimbabwe : l’enceinte royale trace la frontière à partir de laquelle opèrent les interdits multiples », explique Belrose Huygues qui poursuit : « La structure matérielle et symbolique du Rova révèle une division entre un pôle masculin et politique, et un pôle féminin et religieux. »

Il précise que la première enceinte est une aire privilégiée où le souverain se trouve à proximité du réceptacle de la force vitale de la monarchie (« hasina ») et du soutien de sa légitimité, c’est-à-dire les tombeaux de ses ancêtres. C’est pourquoi la résidence et la présence de certaines catégories sociales dites impures (femmes, Olomainty, Andevo) y sont interdites, car « c’est un espace de pureté ». La seconde enceinte est constituée par les résidences des femmes-symboles des idoles et des bœufs sacrés, tous chargés de la protection rituelle du souverain. 

En réalité, écrit l’auteur de l’étude, l’opposition n’est pas entre politique et religieux, le « hasina » (puissance sacrée) des ancêtres qui s’incarne dans le souverain régnant et s’accumule dans les tombeaux, est de nature religieuse, tandis que le choix des douze épouses royales est certainement de nature politique. « Ainsi, grâce au Rova, la relation au sacré demeure sans cesse apparente. » C’est pourquoi également les rois malgaches répugnent à abandonner ou à délaisser les édifices de leurs prédécesseurs devenus ancêtres. Si les « Lapa » tombent en ruine, ils conservent le nom et le donnent à une nouvelle construction, comme c’est le cas de Besakana reconstruit à plusieurs reprises.

À tout cela, le règne d’Andrianam-poinimerina semble ajouter des pratiques importantes connues bien avant lui. Si, en général, toutes les constructions sont tournées nord-sud, dans le Rova, elles sont orientées nord-sud par rapport au nord magnétique. Mais l’influence des astrologues à Antananarivo n’est pas limitée à l’orientation des demeures. Elle détermine la position relative des « Lapa » royaux dans l’enceinte.

Belrose Huygues décrit que les quatre maisons d’Andrianampoinimerina sont disposées autour des tombeaux « comme autour d’un foyer ». Le secteur sud-est est évité ; au sud, il y a Soaniadanana, une habitation de peu d’importance, mais nécessaire pour marquer le secteur ; au nord Manjakandriana, au nord-ouest Marivolanitra où le roi réside continuellement et au nord-est Manatsara. « Or, le côté nord du foyer est considéré comme la place d’honneur. » Enfin, les exigences astrologiques semblent être plus fortes dans la capitale qu’à Ambohimanga. Andrianampoinimerina puis Radama se sont entourés de devins et de scribes antemoro qui règlent leur vie et leurs déplacements.

Pela Ravalitera

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