CONJONCTURE - Le pouvoir fait front face à la SADC

Du sommet de l’État au Parlement, la riposte s’est organisée hier en chaîne face au communiqué de la SADC. Détenus politiques, exilés et ouverture de la concertation nationale : les points sensibles de la missive ont mis le pouvoir sur la défensive.

De gauche à droite, le Premier ministre, Mamitiana Rajaonarison, et le Chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina.

Des points sensibles. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dans son communiqué publié, lundi, après son Sommet extraordinaire, en a touché à s’en tenir à la vague de réactions qui a déferlé, hier. Du Chef de l’État, en passant par le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale, le ministère des Affaires étrangères et des partisans du pouvoir, la riposte s’est enchaînée.

Les déferlantes de ripostes se sont concentrées sur les points concernant les détenus politiques, les exilés et l’inclusivité du processus de concertation nationale. Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, est le premier à avoir réagi. 

Sollicité par la presse, hier matin, en marge du coup d’envoi des ateliers d’évaluation de Madagascar sur la lutte contre la corruption au Novotel, Alarobia, le locataire de Mahazoarivo décoche : « Il n’y a pas de détenu politique à Madagascar ».

À entendre le chef du gouvernement, les personnalités qui ont été placées en détention depuis la prise de pouvoir des militaires « sont soupçonnées d’avoir enfreint la loi ». Ainsi, il ajoute, « la Justice malgache est indépendante. Le gouvernement ne s’y immisce pas. Que ceux qui ont enfreint la loi en répondent devant la Justice, mais il n’y a pas de détenu politique à Madagascar ».

Les propos du Premier ministre Rajaonarison ont, semble-t-il, déclenché une réaction en chaîne. La phrase, « il n’y a pas de détenu politique à Madagascar », a été reprise dans les publications partisanes du pouvoir. Certains allant jusqu’à donner une définition de ce qu’est un détenu politique. Même Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’Assemblée nationale, friand des publications tonitruantes sur Facebook, s’est joint à la chaîne de riposte.

« Le Sommet a demandé la libération des détenus politiques, la fin des arrestations arbitraires des dirigeants de l’opposition et des membres de la Gen Z, ainsi que le retour au pays des exilés politiques », est un des points rapportés dans le communiqué de la SADC. Les échanges durant le Sommet d’hier s’appuient sur le rapport de l’Organe de coopération politique, de défense et de sécurité. Il découle de la 3e mission d’évaluation effectuée par la délégation du Comité des sages de la SADC, à Madagascar, en début mai.

Des précisions

Les missions de la SADC ont rencontré quelques-unes des personnalités placées en détention préventive depuis le début de l’administration de la Refondation. Le fait est que, pour l’essentiel, il s’agit d’anciennes figures politiques du pouvoir déchu à l’issue des manifestations de septembre et octobre. La majorité est accusée d’atteinte à la sûreté de l’État. Un chef d’inculpation souvent imputé à des acteurs politiques.

Par ailleurs, l’État semble vouloir reprendre la main sur le narratif concernant la teneur des discussions durant le Sommet extraordinaire de la SADC. Alors que la SADC a déjà publié un communiqué officiel, le ministère des Affaires étrangères a publié une déclaration sur les décisions prises durant le Sommet impromptu, hier en début de soirée.

« Les différentes missions effectuées par la SADC à Madagascar ont retenu que les personnes détenues ont été condamnées pour les infractions de droit commun et non pour des motifs politiques. Cette question a été évoquée dans les rapports de ces trois missions », affirme le siège de la diplomatie malgache. Toutefois, jusqu’ici, les personnalités politiques happées par des poursuites judiciaires sont en détention préventive et attendent leur procès.

De retour de son déplacement à Morondava, hier en milieu d’après-midi, à l’aéroport d’Ivato, le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État, s’est également exprimé sur le sujet. Dans une brève déclaration filmée, expressément organisée à cet effet visiblement, il a voulu apporter « des précisions » sur le cas des exilés, comme le qualifie la SADC, et la question de l’inclusivité du processus de concertation nationale qui est également soulignée dans la missive de l’organisation régionale.

«Il n’y a eu aucune poursuite. Ils ont fui d’eux-mêmes. Et s’ils ont fui, c’est parce qu’ils ont des choses à se reprocher. Je ne les empêche pas de rentrer. Mais l’État engage des poursuites contre ceux qui ont détourné les deniers publics et pillé les richesses nationales», déclare donc l’officier supérieur. Sur la concertation nationale, il assure que « notre position sur ce sujet est claire. Il s’agit de la participation de tous, dont ceux qui sont dans l’opposition ».

Le locataire d’Iavoloha précise cependant que « la concertation nationale est réservée aux Malgaches et non pas pour les étrangers, pas pour les non-Malgaches. Je pense que ce que je veux dire est clair. Ce sont les Malgaches qui prendront part à la concertation nationale et non pas les personnes qu’on estime ne plus être malgaches ». Bien qu’il ne l’ait pas dit directement, le colonel Randrianirina fait référence à Andry Rajoelina, ancien président de la République, que le pouvoir a déchu de sa nationalité malgache.

Garry Fabrice Ranaivoson

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