COLONEL RANDRIANIRINA - « C’est du terrorisme »

La rhétorique des décideurs politiques face à la situation sécuritaire se durcit. Après avoir parlé d’un « climat de psychose », le Chef de l’État compare désormais les faits actuels à du « terrorisme ».

Le colonel Randrianirina s’exprimant devant les journalistes des médias publics, hier.

«C’est du terrorisme». Tel est le terme utilisé par le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, pour qualifier la vague de disparitions de personnes et de découvertes macabres qui défrayent les chroniques ces derniers jours.

« C’est vraiment malheureux. On ne peut plus appeler cela de la politique. Ce n’est plus de la politique. C’est ce qu’on appelle du terrorisme. La situation actuelle relève du terrorisme », affirme le locataire d’Iavoloha, hier, en marge de la présentation de ses condoléances et de celles du gouvernement aux familles de l’une des personnes disparues, retrouvées mortes. « S’agit-il d’actes destinés à montrer à la communauté internationale, ou à je ne sais qui, que Madagascar est instable ? », s’interroge-t-il.

Depuis quelques jours, les disparitions et les crimes ciblant parfois des enfants et des adolescents créent l’effroi auprès de l’opinion publique. L’officier supérieur maintient la thèse selon laquelle la recrudescence de l’insécurité actuelle est causée par une manœuvre de déstabilisation. Après avoir parlé de stratégie pour créer un climat de « psychose », samedi, le chef de l’État durcit le degré de la rhétorique des décideurs politiques en qualifiant les faits de « terrorisme ».

En reliant ces crimes à des velléités de déstabilisation, le pouvoir leur confère une dimension politique. Dans une déclaration mardi, Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, a parlé de la situation comme d’une « guerre » contre ceux qui veulent déstabiliser la Refondation. Cette escalade sémantique dans les discours des décideurs politiques pour requalifier ces actes criminels en une menace nationale majeure pourrait être une manière de justifier, indirectement, le renforcement du dispositif sécuritaire.

Cette ligne dure se traduit sur le terrain par le déploiement de plusieurs bataillons des Forces de défense et de sécurité (FDS). Un centre opérationnel de commandement est aussi mis en place pour élaborer et coordonner les actions. La reprise des comités de vigilance citoyenne est encouragée. Hier, le colonel Randrianirina a indiqué que la Présidence de la Refondation de la République est prête à endosser les dépenses nécessaires.

Pente glissante

L’Exécutif veut aussi mener la bataille sur le terrain numérique. « Il a été décidé, lors du Conseil des ministres, de prendre des mesures pour bloquer les sites internet diffusant et propageant des images et vidéos à caractère obscène, susceptibles de troubler l’ordre public et contraires aux bonnes mœurs dans la vie quotidienne », rapporte donc le communiqué publié par l’institution présidentielle, mardi. Hier, le colonel Randrianirina est allé jusqu’à pointer du doigt « certains médias », qui auraient la primeur des informations sur les cas d’insécurité actuels.

« Certains médias suscitent également des interrogations en publiant des bilans de manière prématurée. Il y a même des médias qui semblent attendre ce genre d’événements, sans aller jusqu’à dire qu’ils sont complices, puisqu’ils sont les premiers à diffuser ces informations. On a l’impression qu’ils se réjouissent lorsqu’un enfant disparaît ou est tué, en étant les premiers à relayer ces faits », déclare-t-il.

La coïncidence des propos du chef de l’État avec une vague d’attaques en règle contre quelques organes de presse sur les réseaux sociaux intrigue. Chercher à avoir la primeur de l’information, avoir des « scoops » dans le jargon, est pourtant l’un des objectifs de chaque journaliste. « Notre messagerie privée est inondée de demandes de publication de cas de disparition. On fait le tri par le biais des recoupements avant toute publication », explique par ailleurs un journaliste.

Dans le contexte sensible actuel, des réflexions sur l’équilibre entre le devoir d’informer et la responsabilité éditoriale s’imposent. En accablant la presse ou en voulant bloquer des sites web, l’État touche à des questions de droit et de liberté. Le droit d’informer pour la presse et celui à l’information pour les citoyens sont en jeu. Il y a aussi la question de la liberté d’expression, de la presse et de la liberté numérique. Dans une certaine mesure, il s’agit d’une pente glissante.

Dans les débats, certains observateurs appréhendent l’éventualité que les autorités cherchent des boucs émissaires afin de valider la thèse du complot. Dans une déclaration publiée, hier, la branche d’Antananarivo du Syndicat des enseignants-chercheurs et chercheurs enseignants (Seces) demande aux autorités « de ne pas se contenter des déclarations sur les objectifs supposés des personnes qui seraient derrière ces faits (...) ».

Selon le Seces Antananarivo, «la population attend du pouvoir en place, un pouvoir militaire qui plus est, qu’il éradique ces faits à la racine, et non pas qu’il se contente d’interpeller les petits poissons». Au-delà de la rhétorique politique et des éventuelles représailles, ce sera sur les résultats immédiats et durables sur le plan sécuritaire que la performance étatique sera jugée.

Garry Fabrice Ranaivoson

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