L’indépendance est le mot qui revient annuellement dans les mémoires à mesure qu’on traverse le mois de juin. Le terme s’est depuis longtemps galvaudé et, même dans les esprits, il n’a pas le poids que devrait avoir ce trésor qui anima la volonté de ceux qui ont lutté pour l’obtenir. Il n’a plus la même force qu’il y a cent ans dans les consciences qui n’ont vécu que dans cette indépendance. C’est donc dans ce contexte, alors que le mot a été réduit à cette légèreté, que surgit encore une fois, face à la lourdeur de ces années d’indépendance, marquées par l’inconscience, l’incivisme, la précarité…, la question qui a été maintes fois posée sur le continent africain : « Qu’avons-nous fait de nos indépendances ? »
Durant soixante-six ans, notre histoire suivit une voie descendante qui écorcha les mentalités, réduites à un état aussi alarmant que la situation matérielle du pays. Nous sommes dans une époque où le drapeau flotte agité par le vent du misérabilisme, dont le tranchant n’épargne pas non plus le domaine intellectuel qui subit la même dégringolade depuis cette ère initiée le 26 juin 1960. L’indépendance semble être un mirage qui ne nous éblouit que lorsque l’éclat de la fête est à son comble. Durant ces instants, la dorure artificielle de la fête couvre tous les maux accumulés par ces années d’« indépendance ».
Soixante-six ans à subir un supplice de Tantale devant les richesses que l’on sait enfouies dans nos sols, mais qui ne cessent de nous échapper. Soixante-six ans aussi à vivre le châtiment de Sisyphe, avec une histoire marquée par des crises qui nous obligent à toujours recommencer l’ascension du rocher du développement dont on ne peut éviter la rechute. Un va-et-vient improductif qui a engendré la lassitude chez les uns et le désespoir chez certains. Pour d’autres encore, ce cycle nocif fait retentir plus lourdement le glas qui a, depuis longtemps, annoncé la perte des valeurs fondamentales nécessaires à une indépendance placée sous le signe du progrès.
Depuis ce jour du « retour de l’indépendance », « Les Soleils des indépendances », pour reprendre le romancier Ahmadou Kourouma, nous ont offert des lumières ambiguës. La lumière de l’espoir a brillé, mais différentes chaleurs ont aussi rendu orphelins des « enfants de la République ». Soixante-six ans plus tard, l’éducation est encore calcinée par ces rayons toxiques qui dessèchent le civisme et l’instruction. Plus que jamais, la République a besoin que l’on réveille un autre soleil qui n’a, lui aussi, cessé de décliner : celui de l’école et de la conscience du bien commun.
Fenitra Ratefiarivony