GRÈVE DES TAXIBE - L’administration de la capitale reste vulnérable

La grève des Taxibe a chamboulé les habitudes des habitants de la capitale, hier. Des réactions sur les circonstances de ce mouvement témoignent de la vulnérabilité de l’administration de la ville.

Échange de vive voix entre le PDS d’Antananarivo  et un des représentants des grévistes, hier.

Un colosse aux pieds d’argile. Cette expression résume la problématique que représente la gestion de la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA). Les autorités municipales ont en effet comme principal talon d’Achille : les enjeux politiques inhérents à la capitale.

La grève des Taxibe, hier, a été un événement révélateur du blocage qui complique la bonne gestion de la ville des mille. Réagissant aux revendications des chauffeurs et des receveurs, Clémence Raharinirina, cheffe de la région Analamanga par intérim, a pesté contre la municipalité de la capitale. Elle a tiré à boulets rouges sur la Présidence de la délégation spéciale (PDS) de la CUA, dont elle reproche d’appliquer des mesures impopulaires et excessives.

Le mouvement des conducteurs et des receveurs de Taxibe a été déclenché par le fait qu’ils jugent la sanction de mise en fourrière des véhicules et l’amende qui l’accompagne trop sévères et trop chères. Selon Clémence Raharinirina, elle se serait déjà opposée à cette initiative du temps où elle était conseillère municipale d’Antananarivo. À l’entendre, elle soupçonne les autorités municipales d’avoir voulu « semer le trouble en cette période de fête», en ajoutant : « Pourquoi ne pas avoir appliqué cette initiative qu’après les fêtes ? »

Les sanctions administratives ont toutefois la vocation d’être dissuasives. Des sanctions administratives qui ne le sont pas n’ont pas lieu d’être. « S’ils respectent la loi et leur cahier des charges, ils ne seront pas sanctionnés », réagissent les usagers des Taxibe sur les réseaux sociaux. Un point souligné par le commissaire divisionnaire Jean Victor Tsaramonina, directeur général de la Police nationale, durant la rencontre des autorités avec les représentants des grévistes, hier, dans la salle des séances de la mairie, à Analakely.

Soutien de l’État central

« Nous ne pouvons pas ne pas appliquer la loi. Il est impensable que la police n’applique pas la loi contre les contrevenants », assène le directeur général de la Police nationale. Il n’y a pas non plus de bon ou de mauvais moment pour mettre en œuvre des mesures pour mettre de l’ordre dans la ville, pour faire respecter les règles afin d’améliorer le vivre-ensemble. Toutefois, lorsque les considérations politiques prennent le dessus, cette normalité devient une exception.

Dans certaines réactions des acteurs politiques sur la grève des Taxibe, le fait que l’anarchie qui règne dans ce secteur, qui est un service public, soit au détriment des usagers a été occultée par la crainte des conséquences politiques. Certes, les mouvements sociaux dans la capitale font toujours grand bruit. Les événements de septembre et d’octobre témoignent que lorsqu’ils prennent de l’ampleur, ils peuvent renverser une administration étatique.

Cependant, il est question ici de remettre de l’ordre dans la capitale. De faire respecter les règles du vivre-ensemble et d’appliquer la loi. D’autant plus que tous s’accordent à dire que le transport public à Antananarivo et ses environs est catastrophique. Les rétropédalages sur les mesures idoines pour y mettre de l’ordre sont parmi les causes de la pétaudière actuelle. Pareillement pour le cas des marchands de rue.

La situation d’hier démontre qu’outre la volonté de la municipalité, le soutien de l’État central reste nécessaire pour parvenir à redorer le blason de la Ville des Mille. Outre les questions financières, il s’agit surtout d’un appui politique et opérationnel. Il est probable que la présence de plusieurs membres du gouvernement et de décideurs administratifs à la réunion avec les représentants des coopératives de Taxibe, à Analakely, hier, a permis de désamorcer rapidement la crise. Reste à voir, toutefois, si cette rencontre conduira à l’amélioration des services proposés aux usagers ou non.

Garry Fabrice Ranaivoson

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne