ANTSIRANANA - Les pêcheurs et collecteurs dénoncent les dérives

Réunis à l’occasion d’un atelier régional, pêcheurs et collecteurs ont tiré la sonnette d’alarme sur les atteintes aux ressources marines dans la région Diana.

Vue d’une partie du port d’Antsiranana.

Lors de la dernière journée de l’atelier régional de lutte contre la pêche illégale, tenu à Ambanja la fin de semaine dernière, les pêcheurs et collecteurs de la région ont livré un témoignage sans filtre sur les obstacles qui entravent la préservation des ressources marines. Ils réclament des mesures fortes et une véritable volonté politique pour mettre fin à l’impunité.

Les échanges au sein des travaux de commissions ont révélé un profond malaise chez les acteurs de la pêche. Les collecteurs, dont la majorité sont également pêcheurs, ont dénoncé une situation devenue, selon eux, « injuste et insoutenable ».

À les entendre, la gestion des espaces maritimes s’est considérablement détériorée ces dernières années. Les dispositifs mis en place pour lutter contre la pêche illégale, notamment la pêche nocturne, peinent désormais à produire des résultats concrets.

De leur côté, les membres des Comités de contrôle et de surveillance (CCS), en première ligne dans la lutte contre les infractions, affirment être confrontés quotidiennement à des actes d’intimidation et à diverses formes de pression. Faute d’équipements adaptés, leur capacité d’intervention reste limitée. Les embarcations utilisées pour les contrôles ne peuvent rivaliser avec celles des pêcheurs illégaux, souvent dotées de moteurs plus puissants leur permettant d’échapper facilement aux patrouilles.

Plus grave encore, certains participants ont évoqué l’existence de protections dont bénéficieraient certains contrevenants. Selon plusieurs témoignages, des personnalités influentes soutiendraient ou encourageraient indirectement ces activités illicites, alimentant un sentiment d’impunité sur le terrain.

Sous pression

En outre, les comités chargés de faire appliquer le « dina » (KMD), convention communautaire destinée à protéger les ressources naturelles, se disent eux aussi fragilisés. Les menaces, les liens de parenté avec certains contrevenants et la complexité des procédures judiciaires limitent leur marge de manœuvre.

Dans plusieurs localités côtières, les responsables communautaires hésitent désormais à engager des poursuites, craignant des représailles ou des tensions sociales au sein de leurs propres communautés.

Face à cette situation, les pêcheurs participants ont présenté une série de recommandations dans une résolution adoptée à l’issue de l’atelier. Ils demandent notamment un renforcement des pouvoirs des CCS, aussi bien en matière de prévention que de répression. Parmi les mesures avancées figure la destruction publique des matériels saisis lors d’infractions avérées, afin d’envoyer un signal fort aux contrevenants.

Les participants plaident également pour la multiplication des patrouilles mixtes associant forces de l’ordre, services techniques et représentants des communautés locales. L’objectif est de rendre les contrôles plus efficaces tout en garantissant une meilleure couverture des zones maritimes sensibles. Au-delà des moyens matériels, les pêcheurs appellent à une lutte sans concession contre la corruption et les interventions extérieures qui entravent les sanctions.

Raheriniaina

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