Somnabulisme à vue

Livreur en ville de produits achetés en ligne : un métier appelé à se développer, donc la nécessité d’un encadrement bien professionnel.

Et d’abord la connaissance de la ville, en l’occurrence l’Antananarivo-Renivohitra. Aussi, quand le livreur ne sait même pas se situer par rapport au tunnel d’Ambohidahy, c’est cause d’énervement supplémentaire à s’improviser guide dans une ville cabossée et stressante d’enlaidissement sans que la stupidité s’en mêle. Comment diable se perdre entre Rex et ACSA...

Aucune initiative personnelle de découvrir si on est totalement étranger à la Capitale. Aucun critère de connaissances géographique et toponymique de l’Iarivo non plus au moment de l’embauche. Aucune formation permanente de la part de l’employeur pour au moins ancrer quelque part en tête la cartographie globale de Tana-Ville. 

Ce qui était valable pour les chauffards de taxibe, exigence flexible à géométrie très variable, s’est propagé aux jockeys de scooters, avant de contaminer les livreurs à vélo : la compréhension de l’articulation élémentaire entre accélérateur-frein-embrayage tient lieu de connaissance générale. Et ne parlons surtout pas de quotient intellectuel, le bon sens étant la chose de cette société malgache-ci la moins partagée. Quant au Code de la route, c’est de l’hiéroglyphe. 

L’examen pour l’obtention de la licence de taxi à Londres (Angleterre) serait un des plus ardus au monde, avec l’exigence d’une connaissance parfaite de chaque quartier et de la moindre rue d’une métropole qui fut le centre d’un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais : depuis Hongkong et Singapour jusqu’aux treize colonies d’Amérique et la côte pacifique du Canada, en passant par l’Inde et l’Égypte. Il m’était pourtant arrivé de devoir expliquer à un chauffeur de taxi comment se rendre «place Pergola» et la Poste Antaninarenina...

Le «misy miala eo» tous les 50 mètres s’explique finalement par cette ignorance paresseuse. Les stations avaient cet inconvénient de s’identifier à un nom historique : mais, comment expliquer à nos contemporains la frontière entre Fidirana, Ambohimanoro et Ambodin’Andohalo... La mémoire des générations xyz s’estompant à mesure que disparaissaient les vieillards-bibliothèques, les premiers taxibe des années 1980-1990 adoptèrent des repères kitsch : Supermarket, Buffard, Tadjer...

Quarante ans plus tard, entre stations-services, supermarchés, enseignes ayant pignon sur rue, cash-point assez ou vraiment importants, voire pub géante, tout est bon pour se faire déposer sur le pas de sa porte. Qu’importe de savoir quel arrondissement au découpage incompréhensible, quelle nuance de quartier d’un trottoir à l’autre, quand on a la certitude d’être bien chez soi : Lot Bis Près de. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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