Trente-neuf ans. C’est le temps que la natation a mis pour décrocher une médaille d’or africaine. L’exploit porte la griffe du jeune nageur du Cosfa, Jonathan Raharvel, sacré champion d’Afrique du 50 m brasse à Oran, en Algérie. Plus petit parmi les nageurs sur les plots, il a damé le pion aux géants sud-africains et kényans en établissant un nouveau record de Madagascar : 28’’30, contre 28’’40, son propre record. Auparavant, il avait fini deuxième du 100 m brasse, juste derrière le Sud-Africain.
Une éclatante revanche contre ceux qui avaient contesté sa place dans l’équipe nationale lors des JO 2024 à Paris.
Trente-neuf ans après la médaille d’or de Bako Ratsifandrihamanana aux Jeux africains 1987 à Nairobi, voilà donc la natation remise sur orbite africaine. Avec, en prime, une médaille d’argent d’Océane Rakotonanahary au 50 m brasse en 33’’91 et une médaille de bronze au 100 m brasse en 1’15’’50, effaçant le vieux record de Vola Ratsifandrihamanana, 1’15’’90, établi aux Jeux africains du Caire en 1991. D’autres nouveaux records ont été établis par les autres nageurs de la délégation.
D’où vient donc ce déclic soudain, alors que l’on croyait ne plus pouvoir atteindre le niveau des sœurs Ratsifandrihamanana ? Le renouveau s’est fait sentir lors des Jeux des îles 2023, où Jonathan Raharvel avait déjà glané trois médailles d’or. Quelques médailles de bronze ont complété la moisson. C’est le meilleur résultat de la natation depuis trois décennies. Il faut ainsi voir dans ces résultats une politique de développement et un soutien de l’État. C’est d’abord le fruit des efforts des clubs, des ligues, de la fédération, et surtout des nageurs, de leurs parents, et, non des moindres, des sponsors. Les résultats sont d’autant plus inattendus que les piscines ont fermé depuis le 1er mai. Les nageurs ne peuvent donc s’entraîner que huit mois sur douze. Cela a toujours été un handicap, étant donné que la seule piscine olympique équipée d’un système de chauffage est celle de l’ANS d’Ampefiloha. On n’a d’ailleurs que trois piscines olympiques pour tout le pays. Celles de Toamasina et de Vontovorona ne sont pas utilisées à bon escient, tandis que les piscines olympiques promises pour Toliara, Mahajanga… n’ont jamais vu le jour. On ignore si le budget destiné à la construction de ces infrastructures a été consommé avant les travaux, comme l’a révélé la Cour des comptes.
La performance de ces jeunes nageurs mérite tous les éloges, étant donné qu’ils ont eu toutes les peines du monde pour rallier Oran. C’est d’ailleurs le lot des sportifs des autres disciplines, excepté les Barea. Le gouvernement a décidé de confier à Tafita le règlement des arriérés de paiement des déplacements antérieurs d’une délégation sportive à l’étranger. L’avenir reste incertain, étant donné que Tafita doit d’abord apurer ses dettes. À preuve, il n’y a que deux athlètes à Accra pour les championnats d’Afrique d’athlétisme. L’essentiel est donc de participer, alors qu’il y a juste trente ans cette discipline comptait également plusieurs champions d’Afrique : au javelot, le capitaine Fidèle Rakotonirina, au triple saut (Toussaint Rabenala, 1990, 1992, 1993), au 100 m haies (Rosa Rakotozafy), au 110 m haies (Joseph Berlioz Andriamihaja, en 2000). Sans oublier la performance exceptionnelle du karaté aux Jeux africains de 1999 à Johannesburg et le tennis, qui compte plusieurs champions d’Afrique chez les jeunes.
Mais le budget des parents a des limites, la persévérance des athlètes peut s’estomper, les efforts des fédérations peuvent s’essouffler, la contribution des sponsors peut s’arrêter… Il reste l’État, qu’il le veuille ou non. Si l’on a retenu un ministère des Sports, c’est bien pour s’occuper du développement du sport et du soutien aux athlètes — et pas seulement pour remettre des primes et des distinctions honorifiques.
Sylvain Ranjalahy