La loi du moins fort

Peut-on encore rêver d’une capitale propre, organisée, ordonnée avec des infrastructures dignes d’une grande ville ? Pour le moment, c’est une véritable gageure. C’est pourtant l’ambition commune de tous ceux qui ont le malheur de diriger Antananarivo. 

Puisqu’on a fait de la pauvreté un argument en béton pour justifier l’anarchie et l’indiscipline, il est de plus en plus difficile de redresser la situation. La CUA avait tenté de dégager les trottoirs au profit des piétons et la chaussée aux véhicules, mais après avoir accepté les réformes, les marchands de rue se sont rebiffés, dopés par la déclaration de l’ancien président leur donnant raison, clientélisme politique oblige. Il fallait trouver des alliés au moment où le pouvoir commençait à vaciller. Les marchands de rue, soutenus par les gros bras, se sont levés contre les manifestants sous prétexte que cela perturbe leur commerce. Ce qui n’est pas faux, mais les mêmes manifestations ne dérangeaient personne en 2009 et en 2018 quand il s’agissait de se débarrasser du pouvoir en place. 

Récemment, le nouveau PDS d’Antananarivo a tenté de dégager les marchands sous le tunnel de Behoririka, mais il s’est heurté à une vive contestation qu’il a dû se résoudre à abandonner la partie. 

D’ici peu, les rues de Tana seront totalement obstruées par le nombre de véhicules, auto, moto, vélo, en circulation et par une démographie galopante qu’aucun planning familial ne peut juguler. Comment d’ailleurs limiter les naissances et apprendre à gérer le nombre d’enfants à une population composée de plus de 70 % vivant sous le seuil de pauvreté ? Comment peut-on atteindre les objectifs de développement durable fixés par les Nations unies où l’eau n’en dégouline qu’une fois par semaine dans les fokontany et que les coupures de courant sont désormais la tasse de thé de la majorité de la population ? Comment obliger les élèves à se laver les mains quand les robinets sont asséchés depuis un siècle ? Des projets insensés et irréalistes basés sur l’utilisation de l’eau et financés à hauteur de centaines de millions de dollars par les bailleurs de fonds. Si on a de l’argent à jeter par la fenêtre pour financer des caprices, pourquoi ne pas mettre le paquet sur l’adduction d’eau et l’approvisionnement en électricité. Le montant des fonds détournés et des projets bidons révélés par la Cour des comptes prouvent bien qu’on a largement les ressources pour satisfaire les besoins élémentaires de la population. Avec la dette de la Jirama vis-à-vis de ses créanciers, on aurait pu construire plusieurs barrages hydroélectriques, plusieurs milliers de kilomètres de route. On ne peut que s’en prendre à nous-mêmes. 

Pas plus tard qu’il y a deux jours, les taxis-brousse reliant la capitale au Sud et à l’Est ont contesté leur transfert à la gare routière Fisandratana construite en 2018 et qui n’a jamais été utilisée. Ils préfèrent rester au capharnaüm du Fasan’ny Karana. 

Si la CUA se plie à toutes les inepties de la pauvreté, la capitale sera bientôt engloutie sous une population ignare et barbare, des montagnes d’ordures rien à envier à l’Everest et on peut tenter son ascension sur place, engluée par un nombre de véhicules que ne pourront plus absorber les rues étroites de la ville. Actuellement, c’est une ville sans parking, sans trottoir, sans espace vert… Et la situation semble irréversible à défaut d’un Rambo capable de faire le ménage dans la ville. Mais même lui pourrait renoncer à l’immensité de la tâche. On comprend mal, d’ailleurs, les ambitions de ceux qui veulent diriger une ville sans avenir. 

Sylvain Ranjalahy 

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