À un peu plus d’un an des Jeux des îles de l’océan Indien 2027, l’État malgache tarde à clarifier sa stratégie. Sans communication officielle, les incertitudes s’accumulent.
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| La délégation malgache lors de la réunion du CIJ à Moroni mi-avril. |
Les 18, 19 et 20 avril derniers, une délégation du Comité international des Jeux (CIJ) a effectué une mission aux Comores pour évaluer l’état d’avancement des préparatifs pour la douzième édition des JIOI de 2027. À l’issue d’une réunion décisive, son président, Philippe Hao-Thyn-Voon, a confirmé la tenue de la compétition en 2027.
Sur le terrain, les chantiers avancent : la piscine olympique et le gymnase affichent déjà près de 70 % de réalisation. À Antananarivo, en revanche, le contraste est frappant. À un peu plus d’un an de l’échéance, aucune communication officielle de l’État n’est venue préciser les contours de la participation malgache.
Sur les 18 disciplines retenues, Madagascar peut afficher ses ambitions sur certaines d’entre elles. Le basketball, l’haltérophilie, le judo, la pétanque et le taekwondo constituent des valeurs sûres. Le tennis, avec la possible mobilisation de certaines fratries expatriées comme les Ranaivo des États-Unis d’Amérique, et le tennis de table, grâce aux expatriés, peuvent également nourrir des espoirs de podium.
Mais ces certitudes ne doivent pas masquer les zones de fragilité. L’athlétisme, longtemps pilier des succès malgaches, présente aujourd’hui un visage contrasté. Si les sprinteuses dominent encore certaines épreuves, les courses masculines et les disciplines techniques haies, sauts, lancers marquent le pas. Les épreuves de fond et de demi-fond ne sont plus une chasse gardée.
Le constat est plus sévère dans d’autres spécialités : peu d’attentes en badminton et en air badminton, des perspectives limitées en cyclisme et en handball ; la natation est un gouffre, la voile un espoir improbable.
Un silence qui interroge
Le football, discipline la plus médiatisée, cristallise les attentes. Champion en titre, Madagascar devra défendre sa médaille d’or dans un environnement hostile, face à des Comoriens galvanisés par leur public et à des Réunionnais toujours compétitifs.
L’histoire rappelle une réalité persistante : Madagascar ne s’est jamais imposé à l’extérieur. En onze éditions, la Grande Île compte trois titres, tous à domicile (1990, 2007, 2023), contre sept pour La Réunion et un pour Maurice. Hors de ses bases, elle se contente souvent d’un rôle d’outsider.
Dans ce contexte, viser la première place aux Comores apparaît ambitieux, car la Grande Île doit composer avec des contraintes économiques qui relèguent souvent le sport au second plan. Certaines disciplines, comme l’haltérophilie, la boxe, la lutte ou le cyclisme, pourraient ne pas proposer d’épreuves féminines. Une hypothèse nuancée par Jean-Claude Relaha, président de la Fédération malagasy de cyclisme, présent à Moroni : « Des discussions sont en cours pour garantir la participation des deux sexes. »
En l’absence d’une impulsion politique claire, les fédérations se retrouvent en première ligne, sans moyens suffisants pour structurer un programme cohérent. « Si Madagascar vise la première place, une feuille de route doit être définie rapidement », confie un responsable fédéral sous anonymat. Sollicité via WhatsApp, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Alain Désiré Rasambany, n’a pas encore répondu.
Donné Raherinjatovo
