La signature musicale d’un lieu qui accueille le public fait partie de son identité, au même titre que le cadre et sa décoration, la carte du menu et les prix, s’il s’agit d’un restaurant. Cette signature ne devrait pas être abandonnée à la fantaisie du petit personnel mais répondre au style du concepteur, désireux de s’adresser à une gamme particulière, frange qui se reconnaîtra, s’y identifiera et fréquentera volontiers ici alors qu’elle évitera ailleurs.
Le volume également de cette signature musicale participe, non seulement à l’ambiance des lieux mais aussi au confort des clients-usagers. Comment comprendre que les allées d’un centre commercial soient baignées d’une “mozika”, qu’on qualifierait difficilement de “hira”, et de surcroît assénée à des décibels hautement agressifs. Un manifeste douteux entre faute de goût et manque d’éducation.
Toutes ces échoppes, qui donnent sur la voie publique, ne devraient pas pouvoir déverser sur l’espace commun le vacarme infernal de leur «animation» intérieure dont on peut d’ailleurs se demander comment les employés ne souffriraient pas d’acouphènes ou de surdité précoce sinon d’aliénation mentale ainsi soumis sans boules quies (réduction du bruit jusqu’à 27 dB, dit-on) à ce tapage incessant.
Le bruit est tellement vulgaire. Il faut l’associer à cette décadence générale des moeurs que traverse notre société depuis quelques décennies maintenant. Désormais, on compte une génération entière qui n’aura jamais connu les douces mélodies d’antan, se fourvoyant à trouver normal les onomatopées à «rythme», affublées de textes phonétiques, qui ne comptent guère le tiers des paroles souvent associées à l’adjectif «fahiny».
Voilà cinquante ans, on avait pourtant réussi à passer des «Kalon’ny Fahiny» à la «génération Mahaleo». Les Justin Rajoro (1889-1949 : «Taolana makiana mitafy vovo-tany, dia rembim-pasana any»), Naka Rabemanantsoa (1892-1943 : Mierinerina an-tampon’Iarivo, tsy tiana ho hita anefa topaza-maso») ou Therack (1899-1976 : «Mivolom-batosoa ny rahon-takariva, hoso-doko ery an-danitra avo, iri-mangalahala izatsy ny matsora»), se voyant avantageusement succédés par la poésie d’un auteur-compositeur de la trempe de Rakotobe Andrianabela dit Dadah (1954-2019) : «Fony isika vao niara niainga, Nifanome toky fa tsy hifandainga ; Ka na lava ny dia na ho fohy, Hiray lakana, hiray fivoy ; Kanjo nony mba sendra tafiotra, Dia rendrika tsy afa nioitra; Hay ve fitia rari-fotaka, tsy natao hateza fa hihotsaka, tsy maharitra ny orana nirotsaka ; Hay Fitia mody nidoroboka, Fa ny fakany efa zary boboka ; Tsy hita aretina, Raha tsy efa nidoboka».
Il y a décidément plus important, objecterait-on. Mais, c’est justement le renoncement à ces fondamentaux-là, l’oubli des petits détails du beau comme le reniement des menues recettes du bon, qui nous vaut la crise sociétale actuelle : décadence bien réelle, après des grandeurs idéelles. Une certaine idée, qu’on pouvait appeler civilisation, sombre corps et «fanahy» sous nos yeux, en temps réel, stéréo et psychédélique.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja