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| Indiamahery revisite un même poème à travers quinze courants artistiques dans son exposition “Tononkalo iray, firehana maro”. |
À travers la réécriture d’un même poème selon quinze mouvements artistiques, Indiamahery transforme la poésie en véritable laboratoire de création contemporaine.
Un même texte capable de changer de visage quinze fois. C’est le pari artistique relevé par Indiamahery dans son exposition Tononkalo iray, firehana maro, dont le vernissage s’est tenu ce samedi à l’Ivon-toeran’ny Kolontsaina Malagasy. Accessible jusqu’au 16 juillet, cette création littéraire et visuelle propose au public une immersion dans quinze courants artistiques majeurs, explorés à partir d’un unique poème traduit et réinventé.
Le projet prend appui sur le célèbre quatrain anglophone : “Roses are red, Violets are blue, Sugar is sweet, And so are you.” Choisi pour sa simplicité volontaire et son caractère universel, ce texte populaire devient un terrain d’expérimentation permettant de montrer comment une œuvre peut changer de sens selon le regard artistique qui lui est appliqué. Traduit en malgache, le poème a ensuite été réécrit par Indiamahery à travers quinze mouvements différents allant du classique au spoken word.
« C’est une invitation à regarder autrement et à questionner notre relation à la littérature », explique le slameur et poète. « J’ai traduit le poème en malgache puis je l’ai réécrit une quinzaine de fois selon différentes périodes et courants artistiques. »
Expérience performative
L’exposition traverse ainsi plusieurs grands mouvements de l’histoire de l’art moderne et contemporain. Parmi les courants majeurs présentés figurent le classique, l’impressionnisme, le symbolisme, l’expressionnisme, le cubisme, le futurisme, le dadaïsme, le surréalisme et l’abstractionnisme. À cela s’ajoutent plusieurs approches postmodernes et contemporaines telles que le minimalisme, l’art conceptuel, le postmodernisme, l’hyperréalisme, le néo-baroque et le spoken word.
Chaque version du poème respecte les principes esthétiques et philosophiques du mouvement qu’elle représente. L’objectif n’est pas de produire de simples pastiches, mais de rendre visibles les mécanismes de création artistique. À travers cette démarche, Indiamahery souhaite démontrer que le sens d’un texte dépend autant de son contenu que du cadre artistique dans lequel il évolue.
L’exposition porte également une dimension pédagogique importante. Dans un contexte où l’accès à l’histoire des courants artistiques reste limité à Madagascar, l’artiste souhaite rendre ces notions plus accessibles au grand public. « Les courants artistiques ne sont pas réservés à une élite. Ce sont des outils vivants au service de la création», affirme-t-il.
Le dispositif scénographique reste volontairement sobre. Chaque poème est présenté sur un support simple, accompagné d’un court texte explicatif permettant au visiteur de comprendre les caractéristiques essentielles du courant utilisé. L’artiste laisse ainsi place à une lecture libre et intuitive avant l’analyse théorique.
Le parcours s’achève avec le spoken word, où la poésie quitte le support écrit pour devenir une expérience performative portée par la voix et le corps. Une manière de rappeler que la poésie est aussi un art vivant.
Cassie Ramiandrasoa
