Lors d’un échange avec des représentants des habitants d’Antalaha, le chef de l’État a été questionné au sujet des stocks de bois de rose. Il a évoqué une discussion avec la CITES sur ce sujet.
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| Le chef de l’État, au pupitre, face aux représentants des habitants d’Antalaha, jeudi. |
Nous sommes du même avis que vous. » Ce sont les mots du colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, en réponse à une question au sujet de la gestion des stocks de bois de rose, durant un échange avec les représentants des habitants d’Antalaha, jeudi. Il indique qu’une discussion, à cet effet, est en cours avec la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).
Lors de cet échange avec les forces vives d’Antalaha, dans le cadre du déplacement présidentiel dans la région Sava, un membre de l’assistance a abordé la question épineuse de la vente des stocks de bois précieux. « Nous [l’État] sommes du même avis que vous. Ne vous détrompez pas, nous le sommes. Après avoir posé la question à des techniciens, ils estiment entre 5 et 7 milliards de dollars la valeur de nos stocks de bois de rose. Avec cette somme, nous pourrions panser tous les maux du pays », déclare le locataire d’Iavoloha.
« Seulement, nous avons adhéré à une convention internationale, la CITES. Le ministère de l’Environnement est justement en pleine discussion avec eux. Nous verrons la suite incessamment, mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant», souligne toutefois le chef de l’État. Selon les publications de sites d’entités luttant contre le commerce illicite de la faune et de la flore sauvages et œuvrant dans la protection de l’environnement, les stocks de bois précieux sur le territoire seraient de plus de deux millions de rondins. Près de quarante-neuf mille rondins saisis seraient stockés à l’étranger.
C’est la deuxième fois que les hauts responsables à la présidence de la Refondation de la République sont questionnés sur l’opportunité d’une mise en vente des stocks de bois de rose, durant leur passage dans la région Sava. En novembre, la même question a déjà été posée au colonel Gervais Andriamiarisoa, haut conseiller de la Refondation, durant son déplacement à Sambava. L’officier supérieur avait, lui aussi, évoqué l’incontournable accord de la CITES.
Conditions préalables
Afin de stopper l’hémorragie de trafic qui a mis à mal l’écosystème des forêts humides du pays, la CITES a imposé un embargo sur l’exportation des bois précieux malgaches. Outre le bois de rose, le palissandre et le bois d’ébène sont également concernés par cette mesure, qui est toujours en vigueur jusqu’à l’heure. Depuis, même l’usage domestique, au niveau national, de ces bois précieux est strictement réglementé.
L’idée d’une mise en valeur des stocks de bois précieux, estimés en milliards de dollars donc, afin de renflouer les caisses de l’État, ne date pas de cette période transitoire. En 2016, l’intention d’une vente aux enchères afin de « financer la conservation de la biodiversité nationale » a déjà été soulevée. En 2017, des démarches pour lever l’interdiction de la CITES ont ainsi été engagées, ainsi qu’une autre tentative en 2018.
Toutefois, les autorités malgaches n’ont pas pu convaincre la CITES de lever l’embargo. Cette dernière estime que la Grande Île ne remplit pas les conditions préalables à la levée de l’interdiction d’exportation. L’organisation internationale demande notamment un audit rigoureux des stocks afin de déterminer quelles parties sont issues de « coupes licites » et quelles sont les fruits d’une infraction.
Outre l’audit des stocks, la CITES requiert également de Madagascar un plan d’utilisation clair des bois, dans l’éventualité d’une transformation avant la mise en vente, mais aussi un plan d’utilisation des revenus des ventes. Le but de ces conditions préalables est d’éviter un « blanchiment » des bois coupés de manière illicite et aussi que les revenus de la vente ne profitent « à des barons du trafic ».
Garry Fabrice Ranaivoson
