Tsimiroro, qui signifie «ne dort jamais» et qui a été affublé à la ville de Toliara où la nuit est souvent blanche. Tsimiroro fait référence à un endroit dynamique et animé jusqu’au petit matin.
Midororo, dans les argots des jeunes, indique celui qui est amorphe, indolent et apathique. Ce qui est le cas de Madagascar en matière de développement. On est assis sur une mine d’or, de pierres précieuses, de terres rares, de gisements pétroliers et de gaz. Mais on végète en queue de peloton des pays les plus pauvres.
Plusieurs pays étrangers ont à un moment ou un autre inventorié les endroits qui recèlent un trésor. Tsimiroro et Bemolanga en font partie. Le premier gisement de pétrole lourd est actuellement en phase d’exploitation et produit un fuel dont la qualité répond exactement aux spécificités requises pour être utilisé sans causer des «effets indésirables». Si on connaissait depuis longtemps l’existence de gisements de pétrole sur lesquels Ratsiraka voulait réaliser son programme de développement, le coût de l’exportation était trop cher et rendait le produit peu rentable sur le marché. Aujourd’hui, le moment et la conjoncture mondiale offrent une opportunité pour valoriser le produit.
Depuis le début des années 2000, la société Madagascar Oil a fait des recherches qui ont abouti à la découverte de plusieurs puits dont la production est estimée à 3000 barils par jour. Mais curieusement, quelques dirigeants ont affirmé que la qualité du fuel de Tsimiroro n’a pas encore les qualités requises pour faire marcher la Jirama après un essai, alors que la société américaine Symbion Power l’a essayé et a été totalement satisfaite du produit de Madagascar Oil. On affirmait également que la production de Madagascar Oil n’était pas encore assez volumineuse pour pouvoir répondre aux besoins du marché.
Derrière tous ces arguments, il y avait des conflits d’intérêt importants et une farouche bataille pour conserver le monopole du marché Madagascar. Une affaire qui montait en épingle a mis Madagascar Oil dans de beaux draps à propos d’une tentative de coup d’État dénommée Appolo 21 en 2021 alors que la production a cessé en 2016. Avec le changement qui s’est opéré à la tête du pays en 2025, Madagascar Oil a repris du service avec la mise en valeur de nouveaux produits permettant d’augmenter le volume de la production. Beaucoup de sociétés utilisant des machines marchant au fuel lourd figurent parmi les clients de Madagascar Oil. Et le nombre de ses «abonnés» va certainement augmenter vu la qualité et surtout le prix très en deçà de celui des produits importés.
Avec la situation financière catastrophique de la Jirama, Tsimiroro constitue un salut providentiel comme l’a souligné le chef de l’État. L’achat de fuel constitue le poste budgétaire le plus important à la Jirama. La réduction des coûts pour rendre la société rentable et les comptes créditeurs devraient passer par l’achat de fuel moins cher. Cela ne souffre d’aucune contestation.
Il faut maintenant avoir une volonté politique et du cran pour faire face aux partenaires de la Jirama pour passer à cette étape. Ce qui n’est pas une mince affaire. Mais la situation exige des décideurs Tsimidororo.
Sylvain Ranjalahy