E-poketra c’est fini. Une initiative mort-née. Le conseil des ministres a mis fin à ce système de digitalisation des cartes d’étudiants pour mieux gérer leur cursus et surtout pour faciliter le paiement des bourses d’étudiants. On avait avancé qu’il n’y avait que des avantages dans cette initiative. Elle aurait permis de démasquer les faux étudiants et mettre un terme aux longues queues infernales à l’agence comptable le jour de distribution des bourses. Une pitance dont l’État a du mal à s’acquitter avec des arriérés de plusieurs mois. Il faut que les étudiants descendent dans la rue et détruisent des biens publics ou d’autrui pour se faire entendre.
Pourtant, c’est une somme dérisoire loin de pouvoir satisfaire les exigences du nouveau système Licence-Master-Doctorat adopté en 2006 pour s’aligner au standard international.
Les étudiants n’avaient qu’à introduire leur carte pour toucher leur bourse grâce à une collaboration de la Paoma et la BOA. Un beau rêve devenu cauchemar et déception voire un désir de révolte. La carte n’a jamais été approvisionnée. Une jolie arnaque en somme. Et on est revenu à l’ancien système archaïque avec des arriérés de paiement et des manifestations dans la rue. Et puis, tout d’un coup, les ministères concernés annoncent que le virement a été effectué depuis l’année dernière.
La digitalisation est une étape incontournable dans le développement et la lutte contre la corruption, l’insécurité …Le projet avait bénéficié d’un montant important de la Banque mondiale. Les karam-pokontany, les cartes des pensionnés, les passeports, les permis de conduire, les cartes d’identité… figuraient parmi les sujets concernés.
Maintenant, on a annoncé que les étudiants toucheront désormais leur bourse au Trésor public à Antaninarenina comme les petits fonctionnaires payés par bon de caisse et les vieux pensionnés ou les membres de cabinet des divers ministères.
Une centralisation qui va causer des dérangements.
On imagine le monde qu’il y aura le jour de paie avec des dizaines de milliers de boursiers qui vont se mêler aux autres clients du Trésor public.
Pourquoi compliquer les choses quand on peut faire simple ? Surtout en cette période où l’évolution technologique facilite le quotidien.
Seule consolation, l’annonce par le chef de l’État d’une révision à la hausse des bourses. Il était temps. Si on peut acheter des chars et des armes, on doit pouvoir financer les bourses d’étudiants dont dépend l’avenir du pays.
Ailleurs, une bourse inclut toutes les dépenses de l’étudiant, de l’alimentation à la connexion en passant par l’électricité, le gaz, le transport, les loisirs et une petite épargne. On se demande comment un étudiant malgache réussit à arriver au stade du doctorat et même au-delà dans ces conditions déplorables.
Il n’y a pas que les étudiants. L’état des infrastructures laisse également à désirer et n’a subi aucune réhabilitation depuis plusieurs décennies. Une écurie est plus propre que les cités universitaires dont les dernières constructions remontent aux années 70-80 avec les maisons préfabriquées par la société italienne Gambogi Construzioni lors de la mise en place des Centres Universitaires Régionaux (CUR) devenus aujourd’hui des lupanars loin de pouvoir motiver la matière grise.
Au nom de la Refondation dont les jeunes sont les principaux acteurs, il faut absolument remettre sur orbite l’éducation et l’enseignement pour accélérer le développement. Cela passe également par le relèvement du niveau des enseignants et non pas par le nivellement par le bas avec le recrutement d’enseignants par nécessité.
Sylvain Ranjalahy