Face à une crise énergétique jugée profonde, l’État déclenche un état d’urgence sur l’ensemble du territoire pour une durée de quinze jours. Une décision prise lors d’un Conseil des ministres spécial, hier.
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| Des voitures faisant la queue pour s’approvisionner en carburant. |
L’état d’urgence énergétique. C’est ce qu’annonce la présidence de la Refondation de la République. Une situation d’exception actée lors d’un Conseil des ministres spécial qui s’est tenu hier, pour une durée de quinze jours.
« Cette décision a été prise à la suite du constat d’une crise profonde liée aux dysfonctionnements dans l’approvisionnement en énergie à travers tout le pays, en raison de la guerre au Moyen-Orient. Une situation qui entraîne des perturbations dans la vie quotidienne, l’économie ainsi que dans le bon fonctionnement des services publics essentiels », explique le communiqué publié par l’institution présidentielle.
De prime abord, bien qu’elle ne soit pas précise sur le sujet, la missive de la présidence concerne les problèmes d’approvisionnement en carburant et leurs éventuelles conséquences. Ce qui expliquerait pourquoi la guerre au Moyen-Orient y est soulevée comme la cause de la crise. Le texte motive ainsi la décision prise hier par des craintes d’une pénurie pouvant entraîner des troubles à l’ordre public et nuire à la stabilité de l’État.
Depuis quelque temps, plusieurs stations-service dans de grandes villes du pays ont des difficultés à s’approvisionner en carburant, surtout en essence. Durant le week-end pascal, des villes comme Fianarantsoa et Ambatondrazaka ont souffert de cette pénurie d’essence. Hier, des stations-service d’Antananarivo ont été à court d’essence, ce qui a entraîné de longues files d’attente chez celles qui en avaient encore en stock.
L’Office malgache des hydrocarbures (OMH) se veut pourtant rassurant et explique cette situation par un dysfonctionnement dans la cadence des approvisionnements des stations-service en raison du long week-end. Pour Antananarivo, en tout cas, le problème de l’approvisionnement en essence s’est atténué dans l’après-midi d’hier.
Intrigant
« La déclaration de l’état d’urgence énergétique permettra aux autorités compétentes de prendre des mesures spéciales et rapides afin de rétablir l’approvisionnement en énergie et d’assurer la continuité des services publics », soutient toutefois le communiqué de la présidence.
Selon la Constitution, la proclamation d’une situation d’exception, dont l’état d’urgence, confère au chef de l’État « des pouvoirs spéciaux dont l’étendue et la durée sont fixées par une loi organique ». Il peut également « légiférer par voie d’ordonnance pour des matières qui relèvent du domaine de la loi ». L’institution présidentielle ne précise pourtant pas quelles sont les mesures prises par l’État durant les quinze jours d’état d’urgence énergétique.
Toutefois, le décret acté par le Conseil des ministres spécial d’hier pourrait conforter le plafonnement des prix à la pompe communiqué par l’OMH samedi. La régulation des prix par des mécanismes comme le plafonnement ou la subvention des prix à la pompe peut en effet être l’une des mesures appliquées durant cette période d’exception. De même que le rationnement de la distribution de carburant pour les particuliers et la priorisation des secteurs essentiels.
Le cas échéant, l’État pourrait aussi décider de procéder à des réquisitions de stocks et de moyens logistiques durant cette période d’exception. À lire le communiqué de la présidence, il semble qu’outre la pénurie de carburant à la pompe, c’est son impact sur l’approvisionnement en électricité que l’État veut anticiper. Une partie importante des hydrocarbures importés est affectée aux besoins des centrales thermiques.
Plus que les files d’attente devant les stations-service, une reprise des longues séquences de délestage tournant risquerait, comme l’appréhende la missive d’hier, d’engendrer des risques pour l’ordre public et la stabilité étatique, en plus des conséquences économiques. Surtout qu’il y est précisé que l’ensemble du territoire est concerné par cette crise énergétique. Les coupures d’électricité ayant précipité la chute des précédents tenants du pouvoir.
Néanmoins, les problèmes d’approvisionnement en carburant constatés ces derniers jours intriguent. Au début de la guerre au Moyen-Orient, en effet, l’Exécutif s’est voulu rassurant. Il a été expliqué que le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran ne devrait pas avoir d’impact sur les commandes malgaches. Le principal point de chargement des hydrocarbures à destination de Madagascar se trouvant à Sohar, en Oman, à 150 kilomètres du détroit d’Ormuz.
Durant une réunion à la primature, le 2 mars, les techniciens ont également écarté les risques de pénurie. La dernière livraison datait du 17 mars et une nouvelle livraison est justement attendue en début de semaine prochaine. La principale appréhension a été l’éventuelle envolée des prix à la pompe. Cependant, les données techniques présentées avaient conclu que la hausse du prix du baril ne devrait impacter la Grande Île que vers le mois de juin si la guerre au Moyen-Orient persiste.
Ce qui explique le maintien du mécanisme d’ajustement automatique des prix en mars. Madagascar était même l’un des rares pays à avoir connu une baisse du prix à la pompe. Le maintien du prix affiché en mars pour ce mois d’avril était déjà prévu lors de cette réunion à Mahazoarivo. Il est probable qu’entre-temps, certains paramètres ont changé et ont conduit à l’état d’urgence énergétique décrété hier.
Garry Fabrice Ranaivoson

Ce fut l'eau, puis l'électricité, à présent l'essence ... Pourvu qu'il y ait toujours du pain ????
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