Fiction du monde

À la source de l’histoire, il y a eu, avant les faits et les événements, l’imagination. Telle est la théorie qui est admise sérieusement par bon nombre de chercheurs. Parmi les capacités acquises au cours de ce qu’on appelle la révolution cognitive, qui a modifié la configuration cérébrale humaine, il y a eu un chamboulement au niveau du cortex préfrontal, lançant la formation des images dans le cerveau et, pour l’humanité, la naissance des cultures. Car l’être humain commença à être capable d’inventer des mondes. 

Ce qui fait la spécificité de l’homme n’est pas seulement le rire, si l’on se réfère à la célèbre affirmation de François Rabelais, mais surtout « la capacité de créer des images dans le cerveau séparément de tout stimulus perceptif » (Maurice Bloch). C’est l’imagination qui, en formant des scénarios et ses autres produits, met le monde en mouvement en l’animant quand les images s’ajoutent à la réalité. Quand l’imagination s’active, elle manifeste sa vertu créatrice qui remodèle le réel.

Déjà au XVIIe siècle, le philosophe Giambattista Vico fit de l’imagination, qui est à l’origine des mythes et autres récits fondateurs, le foyer d’où s’allumèrent les flammes des différentes civilisations et cultures. Précédant de plusieurs siècles les sciences cognitives, il eut l’intuition que les hommes, avant de comprendre le monde, l’ont d’abord imaginé et, avant la raison, il y eut la poésie. Car, avant que ne commence le règne de la raison, les images et les figures façonnèrent les esprits dans lesquels la pensée était encore poétique.

Et cette aptitude à inventer des mondes a survécu aux millénaires. Dans le fameux récit que Miguel de Cervantes a légué à la postérité, Don Quichotte voit le monde à la « lumière» de son imagination — abreuvée par les récits de chevalerie — qui lui fait voir des géants et non des moulins. Don Quichotte est un cas extrême, mais nous avons tous gardé cette tendance à faire agir le filtre de l’imagination dans nos actes perceptifs. Notre imagination, nourrie par des souvenirs plus ou moins traumatisants, peut toujours influencer notre manière de comprendre un regard ou des paroles…

Notre époque est celle où les récits foisonnent sur les différents canaux engendrés par les possibilités offertes par Internet. Et souvent, pour le pire, les rumeurs et les fake news de toute sorte impactent plus l’imagination qui offre une vision du monde propice à la méfiance et à la paranoïa qui imprègnent les différentes fictions.

Fenitra Ratefiarivony

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