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| Shina et son fils, sans acte d’état civil. |
Shina et sa famille sont invisibles pour l’administration. Sa mère, elle et ses enfants n’ont pas été enregistrés à la naissance. « J’ai accouché de mes deux enfants à la maternité de Befelatànana. Mais je n’ai pas pu les déclarer, car moi-même, je ne disposais pas d’acte d’état civil. Cela s’explique par le fait que ma mère ne possède pas non plus de copie d’acte de naissance ni de carte d’identité nationale (CIN) », a-t-elle raconté, jeudi.
La loi exige la présentation de la CIN lors de la déclaration de naissance au niveau des arrondissements. « Mais lorsqu’une personne présente une attestation du fokontany, nous lui délivrons tout de même le document, car il s’agit d’un droit », indique un responsable de l’état civil auprès de la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA).
L’absence d’acte d’état civil prive également de plusieurs autres droits, notamment ceux relatifs à l’éducation et à l’emploi.
Jugement supplétif
Pour Shina, cette situation explique en partie la grande précarité dans laquelle elle vit. « Je n’ai jamais été scolarisée. Quand on me confie une tâche avec un papier sur lequel figure une liste de choses à faire, je suis bloquée, car je ne sais ni lire ni écrire. Il m’arrive de trouver du travail, mais sans carte d’identité nationale, on me ferme souvent la porte. Alors je me contente d’attendre la volonté de Dieu », confie cette mère contrainte de vivre dans la rue, à Ambatomena, avec ses deux enfants.
L’unique espoir pour cette femme de 21 ans réside dans l’obtention prochaine de leurs actes de naissance, grâce à une opération de jugement supplétif organisée par la Commune urbaine d’Antananarivo. « Mon cœur est rempli de joie. Je me sens soulagée, car au moins, mes enfants en auront. Je rends grâce à Dieu. Mon objectif, lorsqu’ils auront une copie, c’est de les scolariser. Moi, je n’ai pas eu cette chance, alors je veux que ce soient mes enfants qui apprennent. Comme ça, plus tard, ils pourront me guider, me dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire », explique-t-elle.
La CUA s’est fixé pour objectif de délivrer des copies à vingt-quatre mille personnes cette année. Plus de 2,5 millions d’enfants ne disposent pas de copie d’acte de naissance à Madagascar, selon des chiffres avancés par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 2022.
Miangaly Ralitera
