À l’occasion de la Journée mondiale du livre, éditeurs, auteurs et acteurs culturels ont défendu, hier, la place du livre dans la transmission du savoir, dans un contexte marqué par la progression des usages numériques.
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| Le public découvre une grande diversité d’ouvrages lors du Tsenaben’ny boky à la Bibliothèque nationale. |
À mesure que les écrans s’imposent dans le quotidien, le livre continue d’occuper une place singulière dans l’accès au savoir. C’est le message mis en avant lors de la célébration de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, organisée hier à la Bibliothèque nationale par le ministère de la communication et de la culture.
Cette séquence a pris la forme du « Tsenaben’ny boky», un rendez-vous de trois jours réunissant les différents maillons de la chaîne du livre : auteurs, éditeurs, imprimeurs, libraires et lecteurs. Au total, vingt-sept maisons d’édition et organisations y participent jusqu’au 25 avril. L’événement entend promouvoir la lecture, en particulier auprès des jeunes et des élèves, tout en donnant à voir le parcours du livre, de sa conception à sa diffusion.
Pour le ministre de la communication et de la culture, Gascar Fenosoa, le numérique ne se substitue pas au livre, mais s’inscrit dans son prolongement. Selon lui, lecture, technologies et accès au savoir sont appelés à évoluer de concert pour accompagner la formation d’une société plus instruite et plus ouverte. Le livre demeure, dans cette perspective, un support central de l’éducation, y compris à l’heure des nouveaux usages.
Sur place, le public peut accéder à des espaces de lecture, à des stands de vente, à des présentations de nouveautés ainsi qu’à différentes animations destinées à susciter l’intérêt du public. Des milliers d’ouvrages sont proposés, couvrant des genres variés.
Une filière confrontée à de nouvelles pressions
La littérature jeunesse occupe une place importante dans cette dynamique. Pour Holy Danielle, présidente de l’Opération Bokiko, ce segment répond à une demande soutenue à Madagascar, notamment chez les adolescents, à un moment où les réseaux sociaux concurrencent fortement les pratiques de lecture. Elle insiste sur l’importance du livre imprimé, qu’elle présente comme un objet durable, moins dépendant que les formats numériques de contraintes techniques telles que l’accès à l’électricité.
« Les livres ne vont jamais disparaître », affirme-t-elle.
Même constat du côté des éditeurs. Fondée en 2014, la maison Edirar développe une offre de livres jeunesse accessibles, incluant aussi des formats audio destinés aux personnes malvoyantes, aveugles ou autistes. Avec une équipe composée de plusieurs auteurs, dont deux étrangers, elle illustre les tentatives d’adaptation du secteur à l’évolution des usages et des besoins.
Si le numérique continue de gagner du terrain, les professionnels du livre se veulent prudents plutôt qu’alarmistes. Le format papier reste, selon eux, majoritaire dans les pratiques d’achat, même si des versions numériques payantes sont également proposées pour élargir l’accès aux contenus.
Le secteur reste toutefois confronté à des difficultés persistantes, parmi lesquelles le coût élevé des matériaux et des équipements, ainsi que la fluctuation du prix du papier. Dans ce contexte, plusieurs acteurs plaident pour un engagement accru de l’État et du système éducatif, afin de soutenir la lecture et d’améliorer l’accessibilité du livre.
Au-delà de son support, le livre continue ainsi d’être défendu comme un instrument de transmission, de mémoire et de formation, dans un paysage culturel traversé par de profondes mutations.
Cassie Ramiandrasoa
