(Suite et fin)
Quarante ans durant, cette classe politique aura été incapable de doter Madagascar d’une Constitution laquelle, faute d’une unanimité impossible, traversât les siècles et transcendât les cas d’espèce. Quarante ans durant, elle n’a jamais su inculquer une culture politique au-dessus de la «politique du ventre» : distribution de riz hier, braderie de tee-shirts et casquettes aujourd’hui. Cette classe politique a suffisamment retardé sa propre échéance en nous retenant dans son anachronisme, et nous laisse un chantier où tout reste à faire.
J’aimerais que Madagascar soit un pays comme les autres. Que nos élections se déroulent sereinement, comme on le voit faire dans d’autres pays si justement qualifiés de «démocratiques», au lieu d’assister à des intimidations préhistoriques sur l’échelle de la «civilisation» : que les gouvernants n’inventent pas des complots fictifs et que les opposants arrêtent de s’inventer des martyres imaginaires. La passation du pouvoir est rigoureusement prévue par la Constitution : qu’elle cesse de se faire sur la Place du 13 mai ou dans les prétoires !
Les gens de l’opposition ne commencent à comprendre l’importance des droits de l’homme qu’une fois justement dans l’opposition et les gens au pouvoir ne comprennent jamais tout à fait la nécessité de l’alternance qu’une fois chassés du gouvernement.
J’aimerais que les Malgaches, à l’instar de la plupart des autres peuples du village planétaire, puissent suivre chaque évolution technologique sans «fracture numérique». Beaucoup plus que «l’instruction publique» ou «l’éducation nationale», c’est dans la «culture générale», picorée, piochée, creusée, sur le Net (où il y a tout de même plus à prendre qu’à laisser) que doit résider le salut des peuples qui ont appris à apprendre un peu plus tard que les autres.
J’aimerais que les étudiants de mon pays accèdent au maximum de connaissances et que leur savoir, à l’égal de celui de la génération ayant précédé la « génération sacrifiée », soit d’emblée reconnu par un titre d’équivalence. Il y a trop de chemin à parcourir pour le petit écolier de la campagne d’Ambatomainty-Sadabe, depuis son EPP (école primaire publique) à plusieurs heures de marche des rizières parentales, en passant par le CEG (Collège d’Enseignement Général) méconnu de la lointaine banlieue, en espérant un lycée déjà plus proche de la Capitale Antananarivo avant de bénéficier d’une bourse d’excellence qui l’amène un jour aux portes du «Henri IV».
J’aimerais que les dirigeants malgaches aient de derniers scrupules nationalistes avant de partir (ou d’envoyer) se faire régulièrement soigner ailleurs faute d’avoir songé à mettre en place un système de santé publique crédible, c’est-à-dire aux normes communément admises à l’international. J’aimerais.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja