Je combine ici deux Chroniques de l’année 2006. Qu’elles demeurent de circonstance signifie malheureusement que, de ce «pays d’avenir» des années 1950-1960, nous n’avons su faire qu’un pays de conditionnels et une République de tant d’imparfaits du subjonctif. Bientôt 70 ans à se passionner pour des broutilles à en oublier les fondamentaux. Que les gouvernants se succèdent ou que les gouvernements passent tant que demeure la vision d’une «destinée nationale», ses plans décennaux et ses cohérences quinquennales. L’un des titres d’il y a vingt ans souhaitait un «Scrutin inventaire, vote liquidation». Mais, ces deux dernières décennies, il s’est avéré qu’à la mort des vieux hommes, leurs conceptions obsolètes et leurs méthodes archaïques ne les ont pas suivis dans la tombe. L’autre titre, «J’aimerais», égrène une liste de desiderata, besoins simples et désirs raisonnables, dont l’ajournement permanent finira par rendre définitivement impossible leur réalisation. Charles Aznavour chantait si joliment un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Ici, il faudrait pleurer le gâchis de ces derniers vingt ans. Là-bas, ordre et beauté, luxe, calme et volupté : ici, chaos et laideur, tiers-monde, confusion et crise de nerfs. Mon enfant, mon fils, et tous ceux de ta génération qui avez vingt ans aujourd’hui, mon invitation au voyage prend des accents d’un Retour vers le futur : «Là, où nous allons, nous n’avons pas besoin de routes». De routes, il n’en existe justement plus d’intactes à Madagascar. À vous, ce temps héroïque à bâtir ce que notre génération aura laissé se détruire.
Marquer une rupture avec les quarante dernières années. Que les électeurs malgaches aient la possibilité de signifier son congé à toute une génération de politiciens qui ont globalement failli. Plus que le vote pour tel candidat ou tel autre, c’est une étape qui doit être mise à profit pour débarrasser le pays des « dinosaures » nés avant la deuxième guerre mondiale, éduqués par rapport au colonisateur (dans la lutte ou la collaboration, d’ailleurs), gagnés à l’illusion du discours communiste, et incapables de fonctionner autrement que sur le mode révolutionnaire de «la Constitution un jour, la rue toujours».
(À suivre...)
Nasolo-Valiavo Andriamihaja