RENCONTRE LITTÉRAIRE - Ranavalona III, femme d’influence

Retour sur le passage de l’écrivaine franco-tunisienne Hella Feki à Madagascar, venue présenter son roman Une reine sans royaume. On y découvre son admiration pour la dernière reine de Madagascar, dont on commémore cette année les 129 ans de son départ en exil.

L'historienne Helihanta Rajaonarison, la chroniqueuse littéraire Kemba Ranavela  et l’écrivaine Hella Feki lors de la rencontre littéraire à l’IFM le 28 février dernier.

Je me représentais souvent Tananarive, son décor immobile, alors que vous quittiez votre île, partant par la mer vers la captivité. Je vous imaginais, loin de votre patrie, triste et esseulée, dans votre villa à Alger. Une reine sans royaume.»

Elle aura quelque peu secoué le microcosme culturel de la capitale lors de son passage, il y a une semaine. Elle, c’est Hella Feki, auteure de ces premières lignes, professeur de lettres pendant quatre ans à Antananarivo, mais surtout écrivaine à qui l’on doit Une reine sans royaume, le dernier roman consacré à Ranavalona III, paru en 2025 chez JC Lattès.

C’est l’histoire d’une quête, d’une fascination, d’un coup de foudre littéraire. On imagine ces deux destins se croisant au gré des vagues, quelque part entre les côtes malgaches et celles de la Méditerranée, au large de Tunis, terre de naissance de l’auteure et où la reine a effectué un court séjour.

Ranavalona III, sous l’imaginaire et la plume d’Hella Feki, nous livre, à la première personne du singulier, ses derniers moments de vie, où l’on découvre une reine amoureuse… de la vie justement.

Libérée

Elle bénéficiera en exil «d’une certaine aura mondaine», comme le rapportent les écrits historiques. À Tunis, Hella Feki lui fait vivre ses plus belles aventures littéraires et intellectuelles, au cours desquelles elle croisera tour à tour Myriam Harry, reporter et écrivaine de renom qui remporta le tout premier Prix Femina, puis la princesse Nazli et la reine Lella Beya Qmar. L’Égyptienne et la Tunisienne ont chacune, à leur manière, bouleversé le Moyen-Orient de l’époque en créant des salons et cafés féminins.

À la première personne, cette reine règnera dans le cœur du magicien Bernard Cazeneuve. Les ébats de ces deux amoureux feront sortir de leurs gonds certaines lectrices, outrées par ce crime de lèse-majesté : «Chez nous, on ne touche pas à l’intimité d’une reine !»

La jeune génération, elle, a salué un roman qui lui a permis de sortir du carcan social. «Elle s’est libérée», fera remarquer Rohy Manorosoa, animatrice d’un club de lecture et auteure de La lecture de Rohy sur Facebook. «Cet exil, c’est sa liberté. Elle s’est libérée de Rainilaiarivony. C’est une femme moderne.»

Dans les blancs que l’Histoire n’arrive pas à combler, Hella Feki a instauré la figure féministe de Ranavalona III. Celle que Proust cite dans À la recherche du temps perdu, celle que Galliéni n’a pas pu supporter de voir au point de l’envoyer en exil. Le «je» employé dans le récit est un «vous» d’admiration pour une femme dont la colonisation n’a pu arracher la dignité. «J’étais fascinée par votre trajet, que j’avais fait en sens inverse en venant vivre dans votre pays. Un exil à Alger. Des voyages en France. Et ma vie à Tananarive», lui dira en épilogue Hella Feki.

Rondro Ramamonjisoa 

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