MINISTÈRE DE LA JEUNESSE ET DES SPORTS - La Cour des comptes dresse un audit accablant

La piscine olympique de Mahajanga en construction (2023).

La Cour des comptes, dans un rapport publié jeudi dernier, dresse un constat sévère sur le programme de construction d’infrastructures sportives de haut niveau mené depuis 2019 par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Gymnases et piscines olympiques, censés moderniser les équipements à travers le pays, mettent en lumière de profondes défaillances dans la gestion des marchés publics.

Doté initialement de plus de 150 milliards d’ariary, le programme portait sur 20 infrastructures réparties dans plusieurs régions. Pourtant, six ans après son lancement, seuls deux ouvrages ont été inaugurés, tandis que 14 chantiers sont aujourd’hui à l’arrêt et trois projets ont été résiliés. Une situation que la Cour attribue principalement à une préparation insuffisante.

Les appels d’offres ont en effet été lancés sans identification préalable des sites. Les études techniques et géotechniques, indispensables à la viabilité des projets, ont été laissées à la charge des entreprises. Cette méthode a entraîné des choix de terrains inadaptés, générant des contraintes techniques, des retards et des surcoûts. À Mahajanga et Toamasina, des ajustements lourds ont été nécessaires, tandis que le projet d’Ampanihy a été abandonné.

Des dérives financières et procédurales

Contacté, le ministère n’a pas souhaité réagir, invoquant l’absence du ministre, dans un contexte d’attente de formation du nouveau gouvernement.

L’audit met aussi en évidence une hausse significative des coûts. Les avenants cumulés atteignent 36,4 milliards d’ariary, soit une augmentation de plus de 25 % du montant initial. Dans certains cas, les seuils réglementaires ont été dépassés sans relance de mise en concurrence, en contradiction avec le Code des marchés publics.

Le recours au contrat-cadre pour la construction des gymnases de 1 000 places est également pointé du doigt. Jugé inadapté à des projets nécessitant des études préalables précises, ce choix a contribué à fragiliser la maîtrise des coûts et des délais.

Autre point préoccupant a été soulevé : la faiblesse de la concurrence. Les marchés d’aménagement extérieur ont été attribués aux mêmes entreprises, souvent seules en lice. La publication des appels d’offres dans un journal peu lu a pu limiter l’accès à l’information et restreindre la concurrence.

Au total, près de 106 milliards d’ariary ont déjà été décaissés, soit 61 % des engagements, alors que la majorité des chantiers reste inachevée. Plus de 67 milliards supplémentaires seraient nécessaires pour finaliser l’ensemble.

Face à ces dérives, la Cour des comptes appelle à des réformes urgentes, notamment une meilleure planification des projets, le respect des études préalables et une refonte des mécanismes de mise en concurrence.

Donné Raherinjatovo

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