L’ours et l’ombre

Dernièrement, l’actualité cinématographique a eu droit à des incursions de la politique. Après la phrase de Wim Wenders prônant une ligne de démarcation, une frontière naturelle, entre le cinéma et la politique, le film Yellow Letters fit parler de lui à la Berlinale. Une oeuvre consacrée, récompensée par l’Ours d’or, qui a mis le doigt sur des préoccupations qui ne peuvent laisser indifférents les esprits sensibles aux questions de la liberté.

Le film met en scène le drame personnel vécu par Derya et Aziz, deux noms respectés dans le monde du théâtre turc, vivant une existence « ordinaire », avec leur fille adolescente, à Ankara. Cette vie sans heurt bascule le jour où ils reçurent une lettre jaune leur signifiant leur renvoi à cause de leurs convictions politiques. Le moment où la lettre fut réceptionnée enclencha une chute qui mettra le couple à l’épreuve.

La Berlinale a ainsi mis en avant une oeuvre qui ne peut qu’ébranler les coeurs qui ont une certaine idée de la liberté, une conception inséparable de certaines valeurs piétinées par les autorités dans le film primé. L’événement fut une occasion de plus de rappeler, à la conscience du monde, que sous certains cieux, il y a des individus dont la vie est constamment menacée par une épée de Damoclès qui peut, à tout moment, tomber lorsque les opinions personnelles s’expriment.

L’exclusion de la participation à la vie de la cité, à laquelle le pouvoir a condamné les deux protagonistes, peut ravager un être humain dont la nature est, selon Aristote, d’être un « animal politique ». Mais comment participer activement au bon fonctionnement de la communauté quand la bureaucratie exerce une violence insensible pour juguler l’épanouissement de la pluralité? Quand les idées personnelles, opposées aux principes officiels, peuvent attirer la foudre froide des rouages administratifs ? Un phénomène développé par Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme.

Le film peut dès lors s’ajouter à une liste déjà très fournie qui a l’« honneur » de compter parmi ses membres des romans comme Le Procès (F. Kafka, 1925), 1984 (G. Orwell, 1949)… Ces oeuvres ne cessent de nous parler, des années après leur parution, et sont donc rejointes par Yellow Letters. Le triomphe de ce film à la Berlinale nous fait encore mieux comprendre, comme l’ont fait certains classiques de la littérature et du cinéma, que le combat pour la liberté, dans des parties du monde - proches ou lointaines-, est loin d’être achevé.

Fenitra Ratefiarivony 

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne