Cet expert, géographe et anthropologue, attire notre attention sur l’impact de l’environnement sur les événements de 1947.
Aussi bien dans le temps, les événements de 1947 semblent être également bien délimités dans l’espace. Le confirmez-vous?
Il est vrai que c’est dans la région de l’Est et du Sud-Est de Madagascar que l’insurrection de 1947 s’est principalement manifestée. Les zones les plus marquantes et les plus connues furent Moramanga et Manakara. Cependant, on peut dire que tous les territoires forestiers de l’Est, de Toamasina jusqu’à Vohipeno, ont été concernés par le mouvement, qui s’est ensuite étendu vers les Hautes Terres centrales.
Comment l’expliquer ?
Ces régions présentent des similitudes environnementales, économiques et démographiques. Ce sont des zones humides et fortement boisées, favorables aux activités clandestines et aux mouvements discrets, proches des populations rurales et de la nature. Les paysans, quant à eux, ne vivent pas dans l’illusion, mais s’appuient sur leurs propres forces et leur maîtrise de la terre.
C’est donc cet environnement qui aurait façonné le sentiment de révolte qui couvait ?
L’environnement, et plus précisément les infrastructures. Ces régions étaient desservies par le chemin de fer, qui joua un rôle clé dans la politique économique coloniale. Cette infrastructure a profondément marqué la mentalité des Malgaches, notamment des populations vivant à proximité, tant lors de sa construction que de son utilisation. Les infrastructures de transport sont aussi porteuses de transformations sociales: elles sont à la fois des vecteurs de développement et des lieux où apparaissent les inégalités. Tous ces éléments permettent d’expliquer l’ampleur et l’expansion de la lutte dans la région Est.
De ce fait, que retenir principalement du 29 mars 1947 ?
Sur le plan historique, les revendications pour l’indépendance se sont intensifiées en mars 1946. Après la Seconde Guerre mondiale, le nombre de membres des sociétés secrètes comme le Jiny et le Panama a augmenté. Ces organisations existaient déjà entre les deux guerres mondiales, période durant laquelle de nombreux Malgaches furent envoyés combattre pour la France. Le VVS faisait également partie des organisations importantes de l’époque.
Mais le VVS n’était-il pas bien antérieur aux mouvements de 1947 ?
Effectivement, le VVS — ou Vy (Fer), Vato (Pierre), Sakelika (Ramification) —, considéré comme l’un des premiers mouvements de résistance intellectuelle structurés pour l’indépendance de Madagascar, a été créé en secret en 1913 par de jeunes étudiants et intellectuels. On y trouvait déjà de grandes figures comme Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy-Andrianavalona. Ces jeunes intellectuels, principalement des médecins, voulaient défendre la culture malgache et résister à la domination coloniale française. Découvert par l’administration française en 1915, le réseau a été sévèrement réprimé.
L’issue politique du mouvement nationaliste était donc inéluctable ?
Nous pouvons parler d’un mouvement qui s’est étendu en deux phases. Tandis que les partis légaux comme le MDRM et le Padesm gagnaient davantage d’influence dans les Hautes Terres et les grandes villes de Madagascar, les sociétés secrètes telles que le Jiny, le Panama et le VVS restaient proches des paysans et des populations rurales. En réalité, c’est de ces milieux qu’est partie l’insurrection, notamment chez les paysans du Sud et du Sud-Est. En mars 1946, le nombre de membres du Jiny atteignait environ 20 000, soit dix fois plus qu’auparavant. Monja Jaona fut d’ailleurs l’un des rares à assumer la responsabilité de l’insurrection après le 29 mars 1947.
Rondro Ramamonjisoa
