Jürgen Habermas (1929-2026)

Dans le monde de la philosophie, des noms s’illustrent par une grandeur qui ne peut que s’imposer à ceux qui s’y aventurent. De leur vivant, ils ont déjà cette aura qui rayonne chez les « classiques» et ne peuvent laisser les initiés indifférents. Quand ils meurent, ils laissent une œuvre et des idées dont l’ardeur peut toujours enflammer les réflexions. L’un d’eux, Jürgen Habermas, nous a laissé un concept qui continuera d’éclairer nos méditations sur les relations humaines : « l’agir communicationnel ».

Ceux qui ont lu le roman Les Liaisons dangereuses (P. Choderlos de Laclos, 1782) ont parcouru des lettres, l’un des moyens de communication les plus privilégiés, dont les mots furent au service de la manipulation. Le langage s’affirme ainsi comme une arme, comme il l’a été également pour Tartuffe pour dominer Orgon dans la célèbre pièce de Molière. Et quand le langage est dépourvu, comme c’est trop souvent le cas, de vérité, de sincérité et de justesse, pour devenir un outil de pouvoir, et non pour établir une entente, on est dans ce que Habermas appelle « l’agir stratégique ». Une autre forme, celle d’une recherche collective de vérité et de justesse à travers le dialogue, oriente vers la compréhension mutuelle: « l’agir communicationnel », où nos discours sont soumis à autrui, qui peut les contester ou les valider.

« Au lieu d’imposer à tous les autres une maxime dont je veux qu’elle soit une loi universelle, je dois soumettre ma maxime à tous les autres afin d’examiner, par la discussion, sa prétention à l’universalité », écrivait Habermas dans Morale et communication (1983). C’est par le moyen de la discussion que mes paroles pourront être reconnues, par les autres, comme vraies, justes et sincères. Quand ces ingrédients (vérité, justesse et sincérité) ne sont pas entravés, le dialogue peut produire des fruits qui peuvent procurer à la société une santé ouverte à une compréhension partagée, comme lorsqu’ils ont été présents dans les paroles de l’évêque Bienvenu Myriel, qui ont touché l’âme de Jean Valjean dans Les Misérables (V. Hugo, 1862).

Dans « l’agir communicationnel», « le centre de gravité ne réside plus dans ce que chacun souhaite faire valoir, sans être contredit, comme étant une loi universelle, mais dans ce que tous peuvent unanimement reconnaître comme une norme universelle ». En préconisant le dialogue et le débat comme voies qui mènent du conflit à un possible consensus, toujours à construire, jamais garanti, Habermas nous a donné une recette pour que la démocratie ne soit pas parasitée par « l’agir stratégique » et ses démons, comme l’ignorance, l’argent, la misère… qui déforment la communication en endormant les esprits, en les faisant taire en les aveuglant.

Fenitra Ratefiarivony

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