ASSISES NATIONALES - La police se remet en cause

Quel visage pour la Police nationale à l’horizon 2036 ? C’est la question centrale des assises nationales de la police, officiellement ouvertes hier au Centre de conférences international d’Ivato.

L’inspecteur général de police Erick Michel et le contrôleur général de police Tsaramonina durant leur allocution, hier.

Changement de mentalité, exemplarité, professionnalisme. Ces mots ont été entendus dans tous les discours durant la cérémonie d’ouverture des assises nationales de la police, hier, au Centre de conférences international (CCI), Ivato. Au-delà des nouveaux enjeux sécuritaires et des réformes structurelles, les orateurs ont surtout insisté sur la nécessité d’un changement de mentalité et d’approche du métier de policier. Les réformes à apporter devant mener au renforcement de la confiance entre la police et la population. La condition essentielle d’une sécurité efficace.

«Le peuple attend de notre part des changements et des réformes profondes. Il est donc essentiel de tirer pleinement profit de ces assises afin d’améliorer davantage l’image de la Police nationale», déclare ainsi le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État. Poursuivant sur sa lancée, il ajoute : « Le peuple vous a accordé sa confiance, à vous qui œuvrez dans la sécurité en zone urbaine. Il vous appartient donc d’être dignes de cette confiance, tant dans vos méthodes de travail que dans votre comportement. On attend surtout de vous des résultats concrets (…) ».

Quel format pour la Police nationale à l’horizon 2036 ? C’est la question centrale de ces assises nationales de la police. Après la journée d’ouverture, hier, les débats se tiendront dans toutes les directions régionales du ministère de la Sécurité publique jusqu’au 30 mars. Le choix de cet objectif décennal coïncide aussi avec le fait qu’en 2036, la Police nationale, sous sa forme actuelle, fêtera ses 75 ans d’existence.

« Nous allons faire du renforcement de la confiance de la population et de la jeunesse envers la Police nationale une priorité », affirme également l’inspecteur général de police Erick Michel Wouli Soumah Idrissa, ministre de la Sécurité publique, faisant référence aux revendications clamées durant les manifestations de l’année dernière. « Nous allons mettre en place de nouvelles méthodes de travail visant à renforcer l’efficacité des résultats et à instaurer la redevabilité », ajoute-t-il.

«Les réformes mises en œuvre exigent de la rigueur, de la sagesse et de l’exemplarité. Elles requièrent de la maturité et du professionnalisme», souligne également le membre du gouvernement. L’inspecteur général de police Erick Michel concède aussi que « la population nous observe et exige des résultats concrets dans un délai court », en soutenant qu’il est impératif de traduire en actes le slogan mis en avant par la police depuis quelques années : « protéger et servir ».

Changement d’état d’esprit

Même mot d’ordre de la part du contrôleur général de police Jean Victor Tsaramonina, directeur général de la Police nationale. Il met un accent particulier sur l’importance de la réforme sur le plan moral, au même titre que la réforme structurelle. 

« Un changement d’état d’esprit s’impose. La réforme commence par la mentalité, par une prise de conscience de l’importance du service public et de l’éthique », assène-t-il.

Le directeur général de la Police nationale prêche aussi pour l’exemplarité et la droiture des policiers. Parlant de «police orientée vers la résolution de problèmes» comme une évolution incontournable du métier de policier, le contrôleur général de police Tsaramonina explique que cela implique « une police proche de la population, accessible, disponible, à l’écoute et respectueuse des droits de l’homme et des citoyens ».

Le choix des orateurs d’hier d’angler leur discours sur les enjeux des relations de confiance entre la police et la population n’est pas fortuit. Du fait de l’attitude, des excès, des exactions et de la vénalité de certains éléments, cette confiance s’est brisée. D’autant plus que ceux qui ont un mauvais comportement sont ceux qui sont en frontline. Ceux qui sont les plus proches de la population, à l’exemple de certains agents de la circulation qui ont la mauvaise réputation de « ponctionner » les transporteurs à chaque passage.

Dès le coup d’envoi des assises nationales, les hauts responsables, autant étatiques qu’au sein de la Police nationale, ont visiblement décidé d’entrer, de crever l’abcès sur les maux qui gangrènent ce corps et ternissent son image vis-à-vis de la population. La première cible étant la corruption. « Nous avons besoin d’une police intègre, efficace et au service de la population, c’est la raison de ces assises », martèle alors le directeur général Tsaramonina.

Reconquérir la confiance de la population sera déjà une étape importante dans le processus de réforme de la police. Ces assises ambitionnent également de donner le top à des réformes structurelles et stratégiques afin de permettre à la Police nationale d’être à la hauteur des enjeux sécuritaires actuels et futurs, notamment la cybercriminalité et la criminalité transnationale.

Garry Fabrice Ranaivoson

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